LIVRE III. CHAPITRE V
déchus du trône. Othon y est proclamé roi de Lombardie, et reçoit en grande pompe, dans la basilique de Saint-Ambroise , la couronne de fer des mains de Walpert , archevêque de Milan.
Aussitôt après cette solennité, Othon se dispose à joindre à ses deux couronnes lombarde et germaine, celle de l'empire d'Occident qui l'attend à Rome ; mais, avant de se diriger vers la capitale de la chrétienté, le royal époux d'Adélaïde se fait précéder par des messagers chargés de remettre au jeune pape Jean XII la déclaration suivante sous la forme du serment :
« Si, Dieu aidant, Rome me voit dans ses » murs , j'élèverai de tout mon pouvoir la sainte » Église romaine et toi qui en es le chef : jamais » la vie et les honneurs dont tu jouis ne te se- » ront enlevés ni par mes conseils , ni de mon » consentement ; jamais je ne tiendrai aucun » placile dans Rome; jamais je ne rendrai une » décision qui serait dans tes attributions ou » dans celles du peuple sans t'avoir consulté. » Je te ferai restituer tout domaine , toute con- » trée qui étant tombés en ma possession seraient » reconnus appartenir au Saint-Siège. Et tout » seigneur à qui je confierai le gouvernement » de l'Italie promettra, par serment, protection
» et sûreté au souverain pontife et à ses posses- » sions (1). »
Othon fit à Rome une entrée solennelle. Les mêmes honneurs , les mêmes acclamations qui avaient salué la venue de Charlemagne , furent prodigués à l'heureux roi de Germanie , qui reçut la couronne impériale des mains du pape, le 2 février 962.
Jean XII et le peuple romain lui prêtèrent le serment qu'avaient reçu le fils de Pepin-le- Bref et ses sucesseurs à l'empire.
De son côté , le nouvel empereur combla le pape et le clergé de présens de toutes sortes, et confirma les anciennes donations, tant de Pépin que de Charlemagne , par un acte authentique écrit en lettres d'or , et conservé en original au château Saint- Ange (2).
(1) Grationius, Dist. 63^ c. xxxiii. — Baronius , in Annal, eccles., anno962.
(2) Fidèle à ses engagemens , Othon fit bientôt restituer à l'église romaine tout ce que les petits tyrans d'Italie lui avaient enlevé. Il expédia en conséquence des lettres patentes qui furent signées par lui, par les évêques et les plus grands seigneurs. Une des principales conditions fut que , « suivant l'accord fait autrefois avec le pape Eugène et ses » successeurs, le clergé et la noblesse romaine s'oblige- » raient par serment que l'élection du pape ne serait point » canonique, et que le pape élu ne serait point consacré » qu'il n'eût, en présence des ambassadeurs de l'empereur « ou du roi son fils et de tout le peuple, fait auparavant la