LIVRE III. — CHAPITRE V
quelque sorte de la famille du grand fondateur de l'empire d'Occident,
Il peut résulter de l'artifice et de la subtilité des mots, que le couronnement d'Othon à Rome rendit l'empire aux rois francs ; mais , par le fait , Othon, ce descendant de Charlemagne, ce roi de la France orientale, était surtout Saxon et roi de Germanie. Son couronnement fut pour l'Italie le terme définitif de la domination française, restée jusque là indécise et comme tenue en suspens, soit par la faiblesse des rois de France , soit par l'impéritie , la crainte ou le dédain des princes d'Allemagne. L'état de transition cessa, la transformation fut opérée, la révolution consommée. L'empire fondé par Charlemagne devint le partage d'un prince saxon , et l'Italie, long-temps incorporée à l'empire des Francs , fut dès lors soumise à l'empire germanique ; elle subit ainsi l'impulsion d'une politique nouvelle et l'influence d'intérêts tout opposés.
Cette belle Péninsule, après la conquête d'Othon, fut loin de retrouver l'ère heureuse des règnes de Pépin, de Bernard, de Louis IL On n'y connut guère de meilleurs jours que du temps où nous avons vu les grands vassaux de Bourgogne, de Provence et d'Italie, se disputer^
<Jans des luttes sanglantes , ce lambeau de l'empire d'Occident, cette riche dépouille des fils de Charlemagne. La position des Italiens ne fît qu'empirer long-temps encore.
Ce qu'Othon-le-Grand concéda ou reconnut d'autorité aux pontifes romains , et ce qu'il se réserva de cette autorité, devint bientôt, pour l'Italie toute entière, sous son propre règne et sous des princes moins habiles que lui, une cause fatale de mille calamités , et y fit couler, durant plusieurs siècles, des flots de sang.
Disons toutefois, pour être juste, que l'Italie dut à ce grand prince un inappréciable bienfait qui lui fit pardonner par la Péninsule bien des rigueurs, ce fut l'établissement du gouvernement municipal. . . La reconnaissance des Italiens pour cette institution salutaire les attacha aux enfans d'Othon, et ils ne songèrent à secouer le joug de l'Allemagne que lorsque la mort du dernier de ses descendans les dégagea de tout lien envers la maison de Saxe (1).
Ainsi, les libertés municipales en Italie se trouvent devoir leur origine à une réaction de l'esprit des grandes monarchies personnifiées
11) Annal, saxon. deWilikind. — Hist. des Rép. ital., par M Sismondi. — Biog. univ., publiée par Michaud 9 art. Olhon-le-Grand.