CHAPITRE I'r. PREMIÈRE ÉPOQUE
lui donne , de son vivant , un de ses fils pour roi , Pépin , digne reflet de sa puissance et de ses grandes pensées. Angilbert et Adhélard suivent le jeune prince à Pavie et siègent dans ses conseils. Jeunesse et gloire sur un trône qu'étayaient la sagesse, la vertu et l'expérience, tel fut le règne trop court de Pépin. Une mort prématurée l'enleva jeune encore à ses soldats qu'il menait à la victoire et à ses peuples dont il était l'idole.
Charlemagne, pour attendre peut-être que Bernard, fils de Pépin, sortît de l'enfance, garde pendant trois années le sceptre de la Lombardie : il signe avec Grimoald , duc de Bénévent, successeur de cet autre Grimoald, brillant adversaire de Pépin, un traité par lequel la principauté de Bénévent devient tributaire des rois de Lombardie.
Une fois la paix assurée de ce côté , l'empereur envoie le jeune Bernard à Pavie, avec le titre de roi. Adhélard, ministre et conseil du père , demeure le conseil et le guide du fils : le célèbre Walla, son frère, est préposé, lui aussi, pour alléger par son expérience le poids de la couronne à cette jeune tête de roi où germent les vertus et le noble courage de Pépin.
Mais la mort de Charlemagne vient livrer
l'empire d'Occident aux débiles mains de Louis. Vainement Louis a juré à son père d'être le soutien de son neveu et de respecter sa couronne ; vainement Bernard , par une sage administration et de brillans exploits guerriers , se rend digne d'un trône que son père a si noblement occupé, les précieuses qualités, la gloire même de ce prince, l'amour que lui porte son peuple, ne font que précipiter sa ruine. Une femme hautaine et jalouse est assise au trône impérial près de Louis. Abusant de sa tyrannique influence sur l'esprit de l'empereur, cherchant à faire tourner au profit de sa haine le vice d'institution qui mine la royauté de Lombardie dans son essence, elle rend suspect à son faible époux l'éclat d'un règne qui compte plus de gloire que de durée. Roi de nom , mais simple gouverneur de provinces par le fait, compromis dans sa dignité , dans son indépendance, dans l'exercice des prérogatives d'une royauté qu'un empereur lui a concédée, et qu'un autre empereur peut lui ravir au mépris d'engagemens sacrés dont les puissans de la terre gardent rarement la mémoire, Bernard ne marche bientôt plus qu'entouré de périls dans une voie que chacun croyait être , pour lui et pour son peuple , une voie de gloire et de prospérité.