CHAPITRE I01. PREMIÈRE ÉPOQUE
Lothaire pesa moins sur l'Italie que sur les autres possessions de son aïeul et de son père. Le déplorable drame qui prit naissance en 830, et qui eut ses péripéties si fortes, si variées, quelquefois si providentielles ; ce drame honteux où l'orgueil des grands et du clergé , forts de l'abaissement de la royauté, vint malheureusement trop en aide à des projets parricides ; ce drame, qui finit par le démembrement de l'empire de Charlemagne , après tant de phases sanglantes, eut pour théâtre d'autres contrées que la Lombardio. Ce royaume vit , il est vrai , son roi engagé dans la lutte ; mais il n'y porta que le tribut de son or et du sang de quelques uns de ses citoyens , tandis que la France ajoutait à ces maux la désolation et la ruine de ses provinces.
Lothaire , dont les premières années eurent pour conseils et pour guides Aclhélard et Walla, dut paraître à la Lombardie , mais pour la Lombardie seule, l'heureux continuateur de Pépin et de Bernard, ces deux rois si regrettables et si regrettés. De sages décrets pour le soutien des sciences et des arts , de bonnes mesures d'administration publique , la fameuse constitution de neuf articles qui démarque si lumineusement les droits des papes et des empereurs ,
prennent leurs dates de ce règne, dont l'insolence des grands et l'ambition toujours croissante des évêques , venant en aide à la mauvaise nature du monarque , amenèrent , par de funestes conseils, les déplorables écarts.
Les évêques d'Italie, et à leur tête Angilberto, ce célèbre et impérieux archevêque de Milan , allumèrent le fatal brandon qui , à cette époque , incendia l'Europe. Mais il nous est démontré , nous le répétons , que pour la Lombardie la domination française continua , sous Lothaire lui-même , à être un bienfait , et que ce royaume eut la moindre part des calamités que ses grands et ses prélats, déjà si dangereux conseillers de Bernard , contribuèrent à attirer sur l'empire fondé par Charlemagne.
La bataille de Fontenay démembre cet empire : la France reste à Charles-le-Chauve ; Louis de Bavière prend pour sa part la Germanie , qui fait dater de cette époque son droit public et sa haine contre les Français.
La Lombardie et quelques provinces sont le lot de Lothaire, qui conserve le titre d'empereur. Rome , chose remarquable dans un moment où la royauté reçoit tant d'affronts de la part des papes et des évêques , Rome est comprise dans la part de Lothaire,
Le Saint-Siège , comme pour protester contre cet acte qui blesse des droits qu'il croyait avoir pour toujours acquis , cherche à rendre l'empereur étranger à l'élection du pape. Lothaire châtie Rome. Le successeur de Grégoire IV , le fier Sergius , tout en subissant la loi de la force (ajoutons et du droit consacré par le temps et les traités), fait entendre des paroles hautaines, et établit , en prêtant un serment auquel il ne peut se refuser , que Louis II reçoit ce serment comme délégué de l'empereur, mais non comme roi de Lombardie. Enfin , ce même Sergius s'érige le juge des évêques qui, par l'ordre de l'empereur, se sont faits ses juges... On le voit, les papes trouvaient de plus en plus étroit le cercle de leur autorité qui allait toujours s'élargissant.
Malgré cet éclair d'énergie de Lothaire contre Rome , de toutes parts croule l'autorité des rois carlovingiens par la faute des rois eux-mêmes, disons mieux, par suite de l'irrésistible développement des principes qui fondèrent leur puissance. L'esprit de la féodalité subdivise et fractionne la société ; les races vont toujours se démarquant entre elles de plus en plus ; la France, qui, la première, a donné l'impulsion contre les vieilles et grandes monarchies , se morcelé la
première et devient la curée d'une foule de petits tyrans plus despotes, plus puissans en réalité, plus rois que les rois eux-mêmes. La noblesse et le clergé dictent des lois aux têtes couronnées; les grands s'arrogent l'hérédité des charges et des fonctions publiques.
A leur tour, les grands vassaux ou les princes tributaires en Italie, se querellent, vident leurs démêlés entr'eux sans daigner s'apercevoir qu'un empereur et roi a droit de se porter arbitre de leurs différends; mais, dans des temps de désordre, le droit pour prévaloir a besoin de la force.
Deux de ces princes italiens , qui ensanglantent l'Italie par de tristes dissensions, commettent la faute fatale d'appeler les Maures à leur aide , et livrent leur patrie à des maux dont la domination française et l'admirable énergie de quelques papes ne parviennent à délivrer momentanément la Péninsule qu'après des efforts qui eussent lassé d'autres âmes que les âmes de Léon IV et de Louis II.
Louis , déjà roi et empereur du vivant de Lothaire, se voit, à la mort de ce dernier, réduit avec ce double titre d'empereur et roi, au seul royaume de Lombardie. Il se plaint d'une injustice qui peut-être est le secret de sa gloire.