‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 197 sur 228 · CHAPITRE Ier. — PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ier. — PREMIÈRE ÉPOQUE

Exempt des soucis que lui eût attirés l'administration d'un vaste empire, il vit au milieu de son peuple de Lombardie , y réprime les abus , y rétablit l'ordre , y publie de sages règlemens, veille à leur exécution, réduit l'insolence de ses grands vassaux, fait avorter les complots tendant à rejeter la Péninsule sous le joug de Constantinople , et , après de longs et rudes efforts , purge l'Italie de la nuée de barbares qui depuis trop long-temps la désolent.

Mais telle est la force des choses que , tandis que Louis II fait courber le front de ses plus fiers et de ses plus puissans tributaires, partout en Italie , comme dans le reste de l'Europe , le géant féodal grandit. Les excursions et les dévastations des barbares font surgir sur tous les points de la Péninsule des remparts de défense. Les villes , les bourgs même se changent en forteresses ; les châteaux de plaisance deviennent des places de guerre et servent de refuge, dans les temps calamiteux , aux populations des campagnes que la féodalité , d'abord protectrice et plus tard oppressive, va bientôt enlacer dans ses redoutables réseaux.

Un siècle après la prise de Pavie par Charlemagne , Louis II meurt, et la Lombardie pleure une mort qui termine si tristement cette période

de cent années d'une prospérité qui n'eut que bien peu de lacunes.

Avec Louis II s'éteint , pour ainsi dire, la domination en Lombardie des descendans français en ligne directe et masculine de Charlemagne ; car le rapide passage de Charles-le-Chauve , de ce prince un moment si hautain envers les papes, et plus tard si lâchement humble à Rome et à Pavie, dans le but d'obtenir la double succession de Louis II , n'est plus qu'un triste éclair suivi de violens orages.

Nous reproduirons en passant quelques observations propres à faire ressortir la différence qui doit exister dans l'appréciation de la domination française et de celle qui l'a précédée ; et nous rappellerons ensuite succinctement quels rapports réciproques la conquête de la Lombardie par les Francs devenus les protecteurs de Rome, établit entre les empereurs d'Occident et les pontifes romains.

Au dire de Paul Diacre , écrivain lombard, dont presque tous les historiens ont suivi l'assertion partiale et intéressée ? ce fut une calamité pour le nord de l'Italie que le terme de la puissance des Lombards, domination modèle, reflet de l'âge d'or des temps antiques.

De modernes et véridiques écrivains ont fait justice de cette étrange prétention, Manzoni et Maffei, en nous rappelant la loi meurtrière qui punissait de mort les mariages entre Romains et Lombards (1), en nous montrant les Romains exclus des conseils et des charges publiques, étrangers à l'interprétation et à l'application des lois dont la balance et le glaive étaient aux mains de leurs vainqueurs , de telle sorte que les Lombards étaient juges et parties dans les différends qui pouvaient s'élever entre les citoyens des deux peuples , Manzoni et Maffei ont fait apparaître cet âge d'or sous son véritable jour, et l'ont marqué du stigmate des âges d'oppression et d'ilotisme.

On a loué Charlemagne d'avoir laissé aux Lombards et aux Romains la législation de leurs ancêtres. Une semblable tolérance se fait remarquer chez tous les rois et chez tous les peuples conquérans de cette époque. Avant lui , les Lombards eux-mêmes en avaient ainsi usé à l'égard des Romains; mais ce qu'il n'eut pas de commun avec eux, ce qui sépare incommensurablement la domination des Francs de la domination lombarde, c'est l'admission du peuple conquis aux

(1) Italiens.

charges publiques en concurrence avec les Francs ; c'est la réintégration de l'Italie dans sa dignité, quand, par le bienfait de Charlemagne, ses citoyens purent concourir comme leurs vainqueurs à l'octroi de la justice , et quelquefois même à la confection des lois.

Ce qui recommande le fils de Pépin à la gratitude des Italiens , bien autrement que le maintien de leurs usages et de leurs lois , c'est d'avoir cherché à modifier ces mêmes lois , ces mêmes usages ? à mesure que sa haute intelligence lui montrait des abus à réprimer et des améliorations à introduire.

La domination lombarde fut inquiète, pesante, oppressive; la cause en était dans sa propre nature. Les Lombards, en se ruant sur l'Italie, y portèrent leurs pénates: ce fut toute une nation qui , pour s'établir sur le sol qu'occupait un autre peuple, dut dépouiller la population qui l'avait précédée.

Il n'y avait pas seulement entre les Lombards et les Italiens cette démarcation que le temps et une bonne administration souvent effacent entre les vaincus et les vainqueurs, mais bien cet abîme que rien ne comble, et qui toujours semble s'élargir entre le spoliateur et le dépossédé.

Charlemagne passa les Alpes, non avec un

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