CHAPITRE II. DEUXIÈME ÉPOQUE
ment long-temps encore le partage de l'Autriche.
Il est une autre Lombardie, brillante, brave, enthousiaste, toute vouée aux progrès des arts et de l'intelligence, amie des plaisirs et de la gloire, peuple à l'esprit vif, pétulant et quelquefois fantasque. Cette Lombardie a long-temps paru se souvenir que les fondateurs de la plus belle de ses capitales franchirent autrefois les Alpes venant de la Gaule , et que des dangers communs et une gloire commune l'ont comme liée aux destinées de la France à une époque récente de fusion... Là étaient des esprits, là étaient des cœurs toujours tournés vers la France comme vers leur étoile polaire.
Eh bien ! il faut le reconnaître , il faut oser le dire : ces dispositions ne sont plus les mêmes ; elles se sont du moins modifiées. Les désillusionnemens , depuis quelques années , ont remplacé des espérances trompeuses ; la génération de l'empire a vieilli; la jeune et nouvelle génération a reçu dans les collèges de la Péninsule comme au sein des familles , une direction plus calme, plus appropriée aux nécessités de l'époque et des choses; le gouvernement autrichien lui-même , rencontrant moins d'indocilité, a allégé le poids de son joug; certes il n'inspire pas en Lombardie de fortes sympa-
thies ; mais ii n'y rencontre plus du moins de ces haines vivaces , implacables , mortelles, qui amenèrent de si déplorables rigueurs dans les premiers temps de sa domination.
Si nos gouvernans avaient mieux connu la disposition actuelle des esprits dans la Péninsule , ils se fussent abstenus , lors de la crise orientale de 1840, de la menace irréfléchie de soulever, d'incendier ces belles contrées à la seule apparition d'un drapeau=
On souriait en Italie quand on y répétait ces propos malencontreux , qui n'avaient d'autre résultat que de compromettre la dignité de la France, et qui sans doute produisirent sur les bords du Danube le môme effet qu'à Rome, à Naples et à Milan. Il ne faut pas prétendre à la puissance d'ameuter, d'électriser un peuple, quand on a donné l'exemple d'un appel à la Pologne, suivi d'un si triste abandon, et quand l'épisode d'Ancône est encore vivant comme un reproche dans tous les souvenirs.
Au reste , quand nous avons parlé des vieilles sympathies de la Lombardie pour la France, ce que nous pourrions rendre applicable à l'Italie toute entière, nous n'avons point entendu y faire entrevoir un vœu de ces peuples pour une nou velle réunion à la France.