LIVRE IV. CHAPITRE V
par leur cupide férocité, lui dût sa délivrance et son repos ? Ce repos fut court à la vérité , mais Louis II, en mourant, put du moins emporter la pensée que l'Italie et l'Église étaient pour longtemps dotées de ce grand bienfait que ses armes leur avait laborieusement conquis. Et s'il fut court, après tout, ce repos, la cause n'en seraitelle pas dans la mort prématurée d'un aussi excellent prince ?
Outre la crainte de se voir désormais sans défense contre les insultes des Sarrasins , l'Italie , dans ce fatal moment, dut entrevoir bien d'autres malheurs encore. Combien l'avenir ne dutil pas se montrer à elle gros d'orages et de misères , à la mort d'un tel roi qui, ne laissant pas de postérité masculine , la livrait à la rivalité des rois de France et de Germanie , ou à la turbulente ambition de quelques seigneurs puissans dont l'audace osait déjà convoiter la couronne !
Louis mourut après un règne d'environ vingt ans. « Il faut distinguer, » dit Puffendorff, « quatre époques différentes dans le règne de » ce prince.
» La première est de l'an 844, quand il fut » déclaré roi d'Italie par Lothaire et envoyé à » Rome au sujet de l'élection et de l'ordination » dupapeSergius, faites sans la participation de
» l'empereur. Sergius le couronna alors roi de » Lombardie, le 25 de juin, mais non en qua- » lité d'empereur. Il ne voulut pas même que » les grands de Rome lui prêtassent serment, » parce qu'il n'était dû qu'à l'empereur Lothaire » à qui il avait déjà été prêté.
» La seconde époque est de l'an 849, lors- » qu'il fut associé à l'empire par Lothaire.
» La troisième est de l'an 850 , lorsqu'il fut )> sacré par Léon IV le 2 décembre.
» Enfin la quatrième est de l'an 855 , lors- » qu'il succéda à son père.
» On n'a pas assez distingué ces époques , » dit Puffendorfî, « et on confond surtout la se- » conde et la troisième (1), »
Nous rappellerons que Louis II , déclaré roi d'Italie par Lothaire en 844 , avait dès sa naissance reçu ce titre de son aïeul , Louis-le-Débonnaire , ce qui motiva et ce qui explique l'épitaphe gravée à Milan sur le tombeau de ce prince, et d'après laquelle Louis II n'aurait pas vécu un seul jour sans être roi,
Enfin nous ajouterons , pour faire apprécier toute l'amertume des regrets donnés par la Lom-
(1) Puffeindorff, T. v, Hv. v, chap. il, ami. 875. Cet historien cite Y Art de vérifie?' les dates, par des bénédictins.