LIVRE IV. — CHAPITRE V
il confie l'administration de la Lombardie à Bozon , son beau-frère, qu'il crée duc de Milan, et il lui pose sur le front la couronne ducale : honneur, dit Giulini , qu'aucun seigneur n'avait jusqu'alors obtenu.
Louis-le-Germanique , quittant les terres de France à l'approche de Charles , lui envoie une ambassade pour traiter et l'engager à lui céder une partie des domaines du défunt empereur.
Charles, selon Puffendorff (1), se montre disposé à transiger : les conférences , pour arriver à une conciliation , étaient entamées lorsque le roi de Germanie mourut.
La vaste domination de Charles-le-Chauve s'étendait sur la plus grande partie des possessions de son aïeul Charlemagne. Courbé sous le fardeau d'une puissance hors de portée avec la médiocrité de son génie , il voulut tenter de l'accroître encore, et disputer aux trois fils de Louisle-Germanique l'héritage de ce prince.
Carloman avait eu pour sa part la Bavière f l'Autriche , la Bohême et la Moravie.
Louis , la Saxe , la Thuringe , la Frise , la Franconie , et la partie de la Lorraine que son père , en conséquence du partage fait avec Char-
(1) Introd. à ÏMst; de l'Unw., T. ïer, Kv. Ier, chap. il, ann. 876.
Lês-le-Chàuve , avait acquis après la mort de Lothaire, leur neveu.
Charles-le-Gros n'eut que la Suabe.
Aveuglé, par son insatiable ambition, sur la situation des peuples soumis à sa puissance ; oubliant que la France est incessamment dévastée par les Normands; sourd à l'appel de Jean VIÏI qui, lui rappelant l'exemple de Louis II, invoque son secours, comme empereur, contre de nouveaux désastres qui fondent sur l'Italie , Charles-le-Chauve marche imprudemment à la tête d'une armée contre les fus de son frère.
Louis est le premier en campagne pour repousser cette injuste agression. Les deux armées se rencontrent près de la ville (YAndenare (1). Une déroute complète punit Charles-le-Chauve de sa coupable témérité... Le vainqueur n'a pas le temps de jouir des fruits de son triomphe : la mort vient le surprendre au milieu des joies de la victoire. Les deux frères de Louis , Charles de Suabe et Carloman , arrivent pour porter le dernier coup à l'armée impériale, si leur oncle ose vouloir prolonger les hostilités. Mais, honteux de sa défaite , hors d'état de soutenir le choc des troupes coalisées , pressé d'ailleurs par les nou-
(1) Puffend. , Emp. d'Allem., T. v, liv. v, chap. n, aim. 876.