LIVRE IV. — CHAPITRE V
Et celui à qui s'adressent ces incroyables menaces, celui qui s'en intimide, est le même monarque qui naguères écrivait au pape Adrien: <( Écrivez-nous comme vos prédécesseurs ont » écrit aux rois nos ancêtres, d'un style qui y> convienne à votre sainteté et à notre Majesté. . . . » Les rois de France ne sont pas les serviteurs » des évêques, mais les maîtres de l'État. » Et ce roi de France devenu depuis, roi de Lombardie et empereur d'Occident , n'a plus rien à répondre au langage altier du successeur d'Adrien , et ce front chargé de trois couronnes, fléchit devant une semblable menace du Vatican !
Charles-le-Chauve part en toute hâte pour se rendre à l'appel impérieux de Jean VIII, laissant la France inondée de Normands, que ses échecs récens en Germanie ont rendus plus audacieux.
Déjà ce prince avait une première fois acheté, par une somme de sept mille livres pesant d'argent , une paix que bientôt après les barbares avaient rompue ; pressé par sa situation toujours plus critique , Charles retombe dans la même faute et pousse l'infamie jusqu'à publier, en partant, un capitulaire pour régler les tributs que ses peuples paieront aux Normands (1).
(1) Ce tribut était d'un sou pour chaque maison de sei-
Qu'est un pas de plus dans la voie de la honte quand une fois on y est entré !
Ainsi, sous un descendant de Charles-Martel, ce foudre de guerre, vainqueur des Arabes ; sous un petit-fils de Charlemagne , exterminateur des Saxons et conquérant de la moitié du monde ; sous un autre Gharles enfin, la couronne impériale d'Occident se fit l'humble tributaire de quelques hordes de barbares ; et un décret souverain détermina la part que chacun devait subir de cette immolation de l'honneur national ! Cette grande honte une fois bien établie et passée à l'état de règlement d'administration publique , Charles-le-Chauve se porte au delà des Alpes...
C'était une tâche difficile que de succéder à Louis II dans le royaume d'Italie. Charles-le- Chauve avait tout fait pour rencontrer plus de difficultés encore dans cette délicate mission.
Louis , roi de Lombardie, vivait au milieu de ses Lombards ; il voyait , il réglait tout par luimême ; et l'on sait que partout où est l'œil du maître , tout marche dans l'intérêt de tous , du roi comme des peuples , lorsque le maître veut le bien et qu'il sait vouloir en assurer l'accom-
gneur. Les hommes libres étaient taxés à proportion ; les évêques avaient ordre de faire contribuer leurs prêtres.