LIVRE IV. — CHAPITRE V
plissement. Or, on a pu juger si Louis comprit et sut remplir les devoirs de la royauté.
Charles , préoccupé d'autres soins , chargé du poids d'une autre couronne, harcelé par les Normands en France , absorbé par les incessantes querelles que suscitait son aveugle ambition, Charles avait dû s'éloigner de la Lombardie presqu'aussitôt après en avoir été proclamé roi.
Nous l'avons vu , à son départ de Pavie , créer Boson duc de Milan , et lui confier l'administration de son nouveau royaume. Le choix avait été malheureux. Boson , par son orgueil , sa cupidité et l'intempérance de sa vie , avait froissé l'esprit de la généralité des Lombards; sans force comme sans droit pour s'opposer aux exactions des ducs et des comtes que son exemple encourageait dans leurs odieux écarts , Boson n'inspira bientôt plus que la haine et le mépris. Et ce mépris , cette haine qu'envenimait le contraste des souvenirs légués par Louis II, ne tardèrent pas à déborder sur le trône de Charles dont Boson était le triste représentant. A ces causes de mécontentement et de déconsidération, l'empereur vint ajouter la double honte de ses fatales concessions aux Normands, et de la récente défaite qui avait couronné sa coupable agrèssion contre ses neveux.... Charles - le - Chauve
arriva donc en Italie sous de tristes auspices.
Le pape Jean VIII vint à sa rencontre : tous deux se trouvaient à Vercelli quand ils virent arriver Boson , moins en sa qualité de gouverneur de la Lombardie que comme ravisseur ? et poursuivi par la voix publique qui l'appelait assassin (1). Yoici la cause de cette fermentation populaire.
L'impératrice, veuve de Louis II, s'étant retirée , après la mort de son royal époux ? dans le couvent de Santa-Giulia à Brescia ? avait confié aux soins et à la surveillance du duc de Frioul , sa fille Hermengarde, qui un moment avait été fiancée à l'un des fils de l'empereur Basile ; cette alliance n'avait manqué que par le fait et la volonté de Louis II (2). La jeune princesse était d'une beauté remarquable. Boson la vit et en devint éperdument amoureux. Il était marié ; sa femme mourut peu de temps après que cette cou-
(1) Giulini.
(2) Les annales de Saint-Bertin portent :
Que l'empereur Basile, patricium suum ad Beiram (à Barï), cum CCCC navibus miser at, ut et LVDOICO contra saracenos ferret suffragium, et fûiam\psius Lvdoici à SE* desponsatam de eodein Lvdoico susciperet, et illi in conjugio siBr copidandam duceret. Sed quâdam occasione displicuit Lvdoico dare filiam suant patricio.
*Anastase établit qu'elle était fiancée non à Basile, mais à un fil* de cet empereur.