LIVRE r v. — CHAPITRE 1er
agirent à son exemple tous les évoques d'Italie.
Quant à ceux d'Allemagne, il est à croire que l'influence de Charles de Suabe et de Carloman fut plus forte que la voix et les menaces du pontife de Rome : tous s'abstinrent de paraître au concile.
Il vint à la pensée de l'ambitieux Boson de faire tourner à son profit les perplexités qui agitaient l'esprit de Jean VIII.
Le décret de Charles-le-Chauve, sur la successibilité des charges et des dignités publiques, avait été un legs funeste pour son héritier au trône de France. L'ambition des grands n'en était devenue que plus insatiable , et les débiles mains de Louis-le-Bègue , incapables de saisir l'épée pour réduire les mécontens , avaient mis le royaume en lambeaux. Dans ce démembrement dont nous aurons bientôt l'occasion de nous occuper, Boson, déjà duc ou comte de Provence , avait fait ajouter à ses possessions , le beau duché de Bourgogne (1).
(1) Président Hénault, Hist. de France , anri. 877, règne de Louis II, T. Ier. Giulini croit, au contraire, que Boson ne s'empara de la Bourgogne qu'après la mort de ce prince. Notre opinion est qu'il obtint le duché de Bourgogne des bontés ou plutôt de la faiblesse de Louis-le-Bègue, et qu'il s'en fit proclamer roi sous lo règne des deux fils de ce monarque.
Boson voulait plus encore : voici le langage qu'il pouvait tenir et qu'il tint probablement à Jean VIII pour arriver à ses fins : « Le roi de » France a dédaigné ou craint d'accepter la cou- » ronne d'Italie. Y eût-il consenti , quel fruit » en aurait retiré le Saint-Siège? Débordé par » les grands de son royaume , faible de carac- » tère aussi bien que de santé, Louis est affaissé » sous le poids de la couronne de France et de » ses maux physiques. S'il vit, il n'y a aucun » secours à attendre de lui ; s'il meurt , ses en- » fans, jeunes et inexpérimentés, se partage- » ront ce royaume morcelé , et seront encore » moins que le père en position de protéger » Rome contre ses ennemis.
» Si de la France les regards se tournent » vers la Germanie, on trouve Carloman que » Jean VIII a offensé , et que d'ailleurs le déla- » brement de sa santé rend aussi incapable que » Louis de France ou ses enfans, de venir en aide » au Saint-Siège.
» Restent les deux autres fils de Louis-le-Ger~ » manique ; Louis II , trop prudent et trop pa- » tient dans ses vues pour les compromettre par » une démarche prématurée ; et Charles de » Suabe , que son impuissance et sa nullité ont » protégé contre l'ambition de Carloman qui
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» l'aurait dépouillé s'il avait osé se montrer » audacieux, mais que Ton soupçonne toutefois » de jeter furtivement un regard de convoitise » sur la Lombardie , depuis que la mort s'ap- » proche de Carloman. Or, quel appui le Saint- » Siège aurait-il à se promettre de ce monar- » que imbécile?
» Dans cet état de choses, un prince tout » dévoué aux intérêts de Rome , un prince déjà » maître d'un tiers de la France et que le pape » proclamerait roi de Lombardie \ ne pourrait-il » pas être un puissant bouclier contre les enne- » mis de l'Église? Ce prince, c'est Boson : déjà » il tient la Provence et la Bourgogne sous son » autorité ; cet État , accru de tout le pays des » Lombards , deviendrait une puissance formi- » dable... et nul ne semble avoir plus de droits » à invoquer pour l'obtention de cette couronne, » et plus de chances de réussite que Boson. Il a » été duc de Lombardie ; sa femme est la fille » de Louis II dont le souvenir est gravé au fond » de tous les cœurs lombards. L'impératrice » Angilberge a conservé des amis dans ce royau- » me ; ses froideurs pour Boson ont cessé du » jour où il lui a fait entrevoir une couronne de » reine sur le front de sa fille. Que Jean VIII se » joigne à Angilberge , à Boson, pour assurer le
» succès de celle grande entreprise, et Rome )> n'aura pas d'ami plus dévoué, plus soumis à » ses ordres et plus capable de prendre en main » sa défense. »
Jean VIII , avec cette inconséquente légèreté qui fut le cachet de bien des actes de sa vie, ne doute pas de la complète réussite des projets de Boson ; il lui promet de le seconder , le proclame hautement son fils adoptif , espérant par là presser le dénoûment de cette intrigue, et il écrit à tous les souverains pour leur donner avis de sa décision... Il nous est resté son épître à Charles de Suabe, dans laquelle on remarque le passage qui suit : « Nous avons trouvé bon » d'adopter comme fils le glorieux prince Boson, » pour lui laisser la gestion et le soin des inté- » rets temporels de ce monde , et ne nous plus » occuper que des choses de Dieu. Ainsi , je vous » conseille de vous contenter des limites de vo- » tre royaume et de vivre en paix ; car nous ex- » communions, pour le présent et pour l'avenir, » quiconque oserait tenter de se prononcer con- » tre notre bien-aimé fils en question (1). »
Le souverain pontife écrivait en même temps à l'impératrice Àngilberge : « J'ai trouvé, à Àr-
(1) Epist. 110 Jofum, VIII papœ, an no 878.