LIVRE IV. CHAPITRE IV
se tint le dernier jour de février de l'année 870, Les empereurs Basile et Constantin y parurent sur un trône, entourés de vingt patrices : ils signèrent les actes de l'assemblée, en traçant une croix avec de l'encre rouge dont ils se servaient par distinction, ce qui fît croire à l'historien Nicétas que ces actes avaient été souscrits avec un roseau trempé du sang de Jésus-Christ.
Des ambassadeurs de l'empereur Louis se trouvaient en ce moment à Constantinople : ils étaient venus solliciter la coopération de la cour d'Orient contre les Maures , et traiter du mariage de la fille de leur maître avec le jeune empereur Constantin. Ils assistèrent au concile aussi bien que des ambassadeurs de Bogoris, roi des Bulgares , nouvellement converti au christianisme. Les envoyés de Louis II étaient placés à la» droite des empereurs; les ambassadeurs bulgares à la gauche; mais cette prééminence sur les représentais d'un roi barbare ne put compenser le dégoût que la jalouse rivalité des Grecs leur fit éprouver en refusant à Louis II le titre et les prérogatives d'empereur. Les ambassadeurs lombards n'ayant pu rien obtenir sur ce point, rompirent les négociations commencées, et quittèrent fort mécontens la cour de Constan linople.
Pendant que sur les bords du Bosphore on refusait à Louis II un titre que l'orgueilleuse Irène n'avait pas osé contester àCharlemagne, Charlesle-Chauve et Louis-le-Germanique enlevaient à l'empereur les royaumes de Lorraine et de Provence , dont la succession lui revenait de droit par la mort de son frère Lothaire. Trop occupé en Italie par sa guerre contre les Sarrasins, et peu encouragé par les résultats négatifs de sa sage modération, lors du partage de l'empire paternel, Louis II commet , en cette occasion, la faute grave de recourir à l'intervention du pape.
L'impérieux Adrien , fort de cette faiblesse de Louis , menace d'excommunication les rois usurpateurs. « Les armes que Dieu nous met en » mains , leur écrit-il , sont préparées pour la » défense de Louis IL» Hincmar, archevêque de Rheims , et qui a sacré Charles-le-Chauve , répond au pape de se souvenir du respect et de la soumission des anciens pontifes à l'égard des princes , et il lui fait entendre que sa dignité ne lui donne aucun droit sur le gouvernement des empires. « Quand nous représentons aux » grands , ajoute l'habile prélat, le pouvoir de » lier et de délier qui a été donné à saint Pierre » et à ses successeurs, ils disent que les royau- » mes s'acquièrent par les combats et les vie-