LIVRE 1". CHAPITRE
dans une de ces audacieuses additions, on va jusqu'à féliciter l'empereur d'avoir fait violence à la modestie de Photius en le rétablissant même avant le consentement de Rome.
Les légats , soit qu'ils fussent corrompus par les présens du nouveau patriarche , soit que la crainte les retînt, ou que leur conduite leur fût tracée d'avance par Jean VIII, ne firent aucune observation contre ces altérations étranges. Le concile œcuménique , qui avait solennellement anathématisé et déposé Photius, fut cassé par les mêmes évèques qui avaient prononcé cette déposition , et les délégués du pape s'écrièrent en plein concile : Si quelqu'un ne reconnaît pas Photius , que son partage soit avec Judas ! et le concile répondit par acclamations : Longues années au patriarche Photius et au patriarche Jean! Ainsi, jusque dans ee cri de ralliement et de fusion, Photius fut nommé avant le pape, et Jean VIII ne reçut pas d'autre titre que celui de patriarche, à l'égal du hardi sectaire.
L'orgueil du schismatique était las de s'être fait un instant violence ; dès ce jour il affecta dans ses rapports avec le souverain pontife de Rome la plus parfaite égalité ; bientôt après il invoqua de nouveau la suprématie de l'église de Constantinople. Quant aux promesses relatives aux
Bulgares, les légats, qui voulurent les rappeler, furent payés de belles paroles : la Bulgarie continua à demeurer sous la juridiction des Grecs.
Restait une dernière déception pour compléter toutes celles que s'était préparées Jean VÏII par T inconséquence de ses démarches. Une flotte grecque stationnait en vue de l'Italie. Le pape , assailli de nouveau par les Sarrasins, invoque son assistance ; mais la flotte , sous prétexte que les infidèles menacent aussi les côtes de l'empire, disparaît et reprend la direction du Bosphore. Jean VIII connut enfin par lui-même ce qu'on devait attendre des promesses des Grecs ; il en fut pour la honte de ses actes et de ses déceptions.
On s'explique par le récit de tous ces faits , les marques d'inconsidération que ce pontife dut rencontrer à chaque pas dans une voie constamment tracée par l'irréflexion et l'inconséquence. Les monarques, les peuples, le clergé, semblèrent s'entendre pour humilier cet homme qui cependant occupait le siège de saint Pierre; mais qui, travaillé par la même ambition que ses prédécesseurs , n'en avait ni la dignité, ni la patience , ni le génie.
Sur ces entrefaites , Louis-le-Bègue , roi de France (1), mourut, laissant pour héritiers
(1) Année 879,