LIVRE Ier. — CHAPITRE II
Ire de cette autre place , que les habitans de Sipunto découvrent sa perfidie; le tocsin appelle aussitôt aux armes toute la population ; Guy, réfugié dans une église , n'échappe à la mort qu'en remettant le prince Aïon aux mains de cette population fidèle \ en promettant l'oubli de l'outrage qu'il reçoit et en prenant l'engagement, par serment solennel, de n'en jamais tirer vengeance (1).
Guy, heureux de se tirer de ce mauvais pas à si bon compte, reprit en toute hâte le chemin de son duché. Si sa gloire eut un peu à souffrir de cette triste mésaventure , son orgueil sut trouver un dédommagement dans l'étrangeté de l'épisode qu'il venait d'ajouter à une vie sur laquelle il voulait à tout prix jeter de l'éclat.
Bérenger, duc de Frioul, n'apportait dans ses desseins , ni moins d'ambition , ni moins d'audace, ni moins de persévérance pour en assurer le succès. Fils du duc Eberhard ou Evrard, et de Ghisla ou Giselle , fille de Louis-le-Débonnaire , il sentait son ambition et son énergie s'accroître de toutes les lâchetés des autres descendans de Charlemagne. Soumis à l'empereur quand il s'était agi d'abaisser un rival et de s'en-
(1) Erempert., Hisr., cap. lviii. — Muratori, Anmd, d'It./W v,p. 157.
richir des dépouilles du duc de Spoletti, il ne tarda pas à braver l'empereur lui-même et à l'attaquer dans la personne de son ministre favori, quand le prétexte de venger une injure vint donner un libre cours à son impatience d'un joug que chaque jour lui rendait plus pesant.
Voici, d'après les annales de Fulde, ce qui donna lieu à cette première explosion.
Luittvard , que Charles-le-Gros avait élevé des derniers rangs à Févêché de Vercelli, et à la dignité de ministre archi-chancelier, s'était asservi son maître 9 au point d'être plus puissant que lui dans l'empire. C'était Luitward que l'empereur avait chargé, dans le temps, d'engager Adrien III à se rendre à une grande diète convoquée à Worms, dans le dessein, dit-on, de faire reconnaître Bernard , son fils naturel , pour son héritier. La mort d'Adrien empêcha seule ce voyage , auquel la persuasive éloquence de Luitward avait déterminé le pontife romain.
Etienne V, successeur d'Adrien , ayant été consacré avant d'avoir obtenu le consentement de l'empereur, Charles s'était irrité de cet oubli de sa prérogative , et ce fut encore Luitward qu'il envoya avec quelques autres évêques à Home , pour déposer Etienne. Luitward calma