LIVRE IV. CHAPITRE IV
un peu dédommager l'empereur du mauvais résultat de la malencontreuse médiation du pontife romain dans les affaires de France, et de l'affront reçu à la cour de Constantinople.
Les princes lombards et d'Italie avaient réuni toutes leurs forces, sous les ordres de Louis II, pour une expédition décisive : les troupes venues de Lorraine étaient un bon renfort pour l'armée impériale. Othon, comte deBergame, commandait en chef sous l'empereur. Quelques combats partiels, sans importance comme sans résultat, ouvrent la campagne et exaltent l'ardeur des deux camps. Enfin le signal d'une attaque générale ébranle toute l'armée de Louis qui marche, pleine de confiance et d'enthousiasme , contre les remparts de la place. Les Sarrasins, fiers des succès de l'année précédente, comptant sur de nouveaux triomphes, trop impatiens pour attendre l'ennemi derrière des murs crénelés, se portent à la rencontre des troupes impériales. Le choc fut impétueux , la bataille meurtrière, la victoire long-temps indécise ; mais , secondé par l'habileté d'Othon , par la bravoure et la discipline de ses bataillons impénétrables cette fois aux charges désespérées des mahométans, Louis II triomphe enfin de toute résistance. Les Sarrasins, mis en déroute, fuient de toutes
parts. Bari et Canosa-Matera (1) ouvrent leur:? portes à l'empereur.
Louis poursuit les Maures jusqu'à Tarente : pendant qu'une partie de ses troupes fait le siège de cette place , il parcourt en vainqueur les contrées voisines infestées encore par quelques restes épars des hordes musulmanes qu'il chasse devant lui, et il châtie en passant quelques comtes d'une fidélité plus que douteuse. Ce qu'il perd en Lorraine et en Provence , la victoire semble vouloir le lui rendre en Italie. Profitant de l'éclat de son triomphe, il cherche à étendre sur presque toute la Péninsule , sinon ouvertement son autorité , du moins sa tutélaire influence ; Amalfî , le duché de Naples même , entraînés par le prestige de sa gloire , semblent prêts à se livrer au monarque victorieux. Mais l'empereur Basile, l'œil ouvert sur des provinces qu'il veut conserver, tout en laissant à d'autres le soin de les défendre , se plaint hautement de la conduite de Louis II et de ses projets ambitieux sur l'Italie toute entière.
Le vainqueur de Bari , qui a intérêt à ne pas rompre ouvertement avec les Grecs, et pour qui, du reste , le bien général parle plus haut que
(1) Mlratori, Ann. d'iud. , ami. 871.