‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 71 sur 228 · LIVRE II. — CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE Ier

» Siège pour s'associer un collègue à l'empire. » Cette association, comme le fait observer l'auteur milanais ? ne fut que pour la dignité d'empereur (qui n'était qu'un vain titre), mais non pour le royaume d'Italie dont Guy conserva seul le gouvernement.

La cour deTrèves ne put voir sans ombrage l'essor ambitieux de Guy. Arnolphe venait de mettre fin à sa lutte contre Suentebold , le Morave , et pouvait accorder enfin une attention sérieuse aux affaires de la Péninsule. Jaloux du titre d'empereur qu'avait osé prendre un roi qu'il regardait comme son vassal , ou plutôt un vassal qu'il n'avait pas même reconnu comme roi , ce prince prit ouvertement parti pour Bérenger, dont l'ambition lui paraissait moins à craindre à Pavie que celle de son audacieux rival. Ziientebold, fils d' Arnolphe, partit pour la Péninsule à la tête d'une imposante armée.

Plusieurs seigneurs d'Italie, les uns dès longtemps dévoués à Bérenger , d'autres mécontens de la devise adoptée par Guy , qu'ils considéraient comme une insulte à ce que l'on appellerait aujourd'hui la nationalité lombarde, vinrent au devant du jeune prince germain et lui amenèrent des renforts. On vit, non sans quelque étonnement , figurer parmi les auxiliaires

de Zuentebold, Maginfredo, comte du palais de Guy et comte de Milan (1), que Ton croyait l'un des plus dévoués partisans du nouveau régime,

Guy ne se laisse pas décourager par ces nombreuses défections et se renferme dans Pavie . Zuintebold et Bérenger viennent attaquer cette place; leurs efforts échouent contre le courage et la constance de Guy. Le fils d'Arnolphe , fatigué des obstacles qu'il rencontre et de la longueur d'une lutte qu'il croyait terminer par sa seule présence, lève le siège et ramène ses troupes en Germanie» Guy fond alors avec toutes ses forces sur Béranger r qu'une prompte fuite au delà des frontières de Lombardie dérobe seule à la poursuite de son ardent compétiteur. Le roi vaincu va chercher un asile à la cour d' Arnolphe , où le suivent d'autres seigneurs italiens , ennemis des deux nouveaux empereurs.

Le pape Formose n'avait couronné qu'à regret (2) le fils de Guy; ses secrètes sympathies étaient pour la cause de Bérenger. Il fit supplier Arnolphe de venir lui-même en Italie, soit pour assurer le triomphe de cette cause , soit pour mettre fin à de sourdes intrigues ourdies à Rome

(1) Guilini, lib. fin.

(2) Muratori. Ann. d'It., anno 893.

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contre le pape lui-même, et qui menaçaient l'Église d'un schisme scandaleux. Le désordre et la confusion étaient sur les marches du trône apostolique comme sur tous les trônes du continent.

Les instances de Formose , jointes aux pressantes sollicitations de Bérenger et des autres seigneurs d'Italie réfugiés à la cour de Trêves ? déterminèrent Arnolphe à une nouvelle prise d'armes. La fin de 893 ou les premiers jours de 894 virent l'armée de Germanie , que commandait Arnolphe lui-même , camper sous Vérone qui , dévouée à Bérenger , ouvrit ses portes sans résistance. Brescia imita cet exemple.

Il n'en fut pas de même de Bergame , où commandait un comte Ambrogio ou Ambroise, pour l'empereur Guy. On dut faire le siège de cette ville et la battre en brèche au moyen de machines de guerre. La défense fut longue et opiniâtre de la part des troupes et des habitans. Prise enfin d'assaut le 2 février (1), cette malheureuse ville subit toutes les cruelles conséquences d'une agression de vive force. L'évêque Adalbert, qui avait partagé les périls et soutenu par son exemple le courage des assiégés, fut jeté dans une

(1) Vieille chronique de Beryame, découverte par Giu- Cini, ann. 8 9 k.

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prison. Le comte Ambroise, cherchant un dernier refuge dans une tour , s'y défendit longtemps en désespéré. Tombé enfin au pouvoir d' Arnolphe \ il fut pendu à un arbre par ordre de ce prince. La ville fut pillée et à demi détruite ; ses remparts furent démolis. Cet exemple terrible intimida les autres villes qui ne songèrent plus à résister. Milan fît sa soumission ; Maginfredo, à qui l'insuccès cle la première expédition avait fait chercher un asile à la cour de Germanie , et qui avait suivi Arnolphe dans cette nouvelle invasion, reprit sa charge de comte de Milan et de comte du palais , au nom et par l'autorité de ce prince.

Guy et son fils s'étaient éloignés de Pavie à l'approche de l'armée victorieuse, et trop formidable cette fois pour songer à lui résister.

Arnolphe entre en triomphateur dans cette capitale qui s'est hâtée de lui ouvrir ses portes. Il y réunit une diète ; et tout fait croire, bien qu'il n'en reste aucune preuve écrite , qu'il s'y fit couronner ou tout au moins proclamer roi d'Italie (1) , sans enlever toutefois ce titre à Bé-

(1) Voici ce qui fait penser à Giulini qu' Arnolphe se fit proclamer roi d'Italie dans cette circonstance.

Quoiqu'il n'eût pas cessé de se prévaloir de ses droits sur ce royaume, et qu'il eût fait, depuis l'élection de Tribur, à l'égard de ce pays, quelques actes de souveraine puissance,

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