LIVRE II. — CHAPITRE Ier
être juste envers Bérenger, que le comte de Milan avait en dernier lieu abandonné ce prince pour s'attacher à la cause d'Arnolphe.
Landolpke le Vieux (1) est tombé, en racontant ce siège, dans des erreurs d'autant plus inconcevables , dit Giulini , que cet historien ne vivait que cent quatre-vingts ans après cette époque. Selon Landolphe, Lambert aurait paru devant Milan au vie siècle, et le siège aurait duré dix années.
Cet écrivain , qui se trompe si étrangement et sur l'époque où vivait Lambert , et sur la durée de son entreprise contre Milan , rapporte certaines circonstances que le judicieux Giulini , à part quelques exagérations, admet comme assez vraisemblables.
Il résulterait du récit de Landolphe , adopté par l'historien Castetsepprio , que Lambert , découragé par la longueur du siège , et, désespérant de se rendre maître de Milan , s'éloignait de cette ville , quand il vit venir à lui un paysan qui lui suggéra un moyen de s'emparer plus tôt de la place ; profitant de cet avis inattendu, le jeune empereur aurait renouvelé ses attaques.
Disons d'abord que le récit de cette première
(1) LANDOLFO il VfCchio.
circonstance , qui rappelle la situation de Charlemagne au pied des Alpes et l'expédient qui le tira d'embarras, est considéré par Giulini au moins comme altéré et méritant peu de confiance.
Les Milanais qui, un moment, s'étaient crus hors de tout péril et au terme de leurs angoisses, ne purent, continue Landolphe, se défendre d'une cruelle anxiété en voyant les travaux du siège reprendre avec une nouvelle ardeur, et dirigés de telle sorte que leur défense n'aurait pu long-temps se prolonger. Las de tant de fatigues, de privations et de combats, et à la veille de se voir livrés aux calamités d'une ville enlevée d'assaut , ils se montrent disposés à traiter avec l'armée impériale.
Lambert propose qu'il lui soit loisible d'entrer avec les siens dans la ville pour établir sa conquête et sa possession. Sur la crainte qui est exprimée par les Milanais des désordres que pourrait leur occasionner le séjour de troupes ennemies dans leurs murs, le jeune empereur s'engage à sortir aussitôt après de la ville avec son armée (1) ; il garantit qu'il ne se commettra ,
(1) Giulini aurait peut-être repoussé tout cet épisode et h ruse finale qui,, d'après Landolphe, aurait rendu Lambert maître de Milan ; mais notre auteur milanais , en bon ci-