LIVRE II. — CHAPITRE 1er
pendant ce court séjour, aucun désordre ni dommage, et promet formellement, ajoute le vieil historien , qiïune fois sorti de la cité, il ne repassera plus sous ses portes.
Des habitans craignaient que quelque piège ne fût tendu à leur bonne foi ; mais Lambert et quarante chefs de son armée ayant juré sur l'Évangile que toutes les conditions seraient fidèlement et ponctuellement exécutées , les Milanais n'hésitèrent plus, et Lambert entra avec son ar-
toyen, a voulu tirer parti de l'engagement pris par Lambert de ne pas séjourner dans la ville.
« Les habitans, » dit Giulini, « invoquèrent un usage an- »cien, d'après lequel il était interdit à tout empereur ou roi »de séjourner dans Milan. Ce droit, d'après quelques histo- » riens, aurait été accordé par Théodose à la prière de » saint Ambroise. »
Giulini croit voir quelques indices de cette prérogative dans les édits de Charles-le- Chauve et de quelques uns de ses successeurs.
Les décrets de ces princes portaient ordinairement :
Actum Paviœj, fait à Pavie,
Actum Romœ, fait à Rome.
Tandis que dans d'autres on voit : Actum ad Miianum , près de Milan et non à Milan.
Fort de cette découverte, Giulini s'écrie fièrement : « Si » Milan n'était pas la résidence des rois , c'est que cette » ville avait le privilège de ne pas loger des souverains dans » ses murs et qu'elle usa de cette prérogative. »
Le comte Verry, qui, pour se montrer franc dans cette question, n'en est pas moins bon milanais que le comte Giulini, voit une puérilité et une absurdité dans cette assertion. « L'amour-propre des historiens milanais , » dit cet écrivain, « souffrait de voir Pavie , et plus tard Monza, préfé-
mée clans Milan. On l'y reçut en vainqueur et en souverain, et il en sortit aussitôt après suivi de ses troupes. Aucun désordre ne fut commis par l'armée impériale.
Joyeux de cette heureuse issue de la guerre y les Milanais exaltaient avec enthousiasme la magnanime bonne foi de Lambert qui méditait secrètement leur ruine. Suivons le récit plus ou moins fabuleux de Landolphe.
Le jeune empereur, dans son rapide passage à Milan , avait fait chercher et retrouvé quel-
» rées à Milan par les rois d'Italie pour leur résidence, et » ils se sont efforcés d'expliquer l'abandon de Milan par la » supposition de l'inexplicable immunité dont cette ville se » serait prévalue. »
Cet abandon de Milan doit, selon Verry, s'attribuer à l'état déplorable où cette cité fut réduite pendant plusieurs siècles, après les ravages exercés en Zi52 parles Huns, sous Attila, et en 539, par les Goths et les alliés de leur roi Vitigès.
Tous les nobles et les riches, de l'aveu même de Giulini, habitaient la campagne, sans doute par suite de la ruine de leurs maisons de ville et par la crainte de nouveaux ravages. Leurs châteaux étaient fortifiés et susceptibles au moins de défense.
« Les habitans de la ville, » dit toujours le comte Verry, « vivaient misérables ; peu de maisons étaient construites « en pierres ; la plupart étaient en bois et recouvertes de » chaume.
» C'est ce qui fit abandonner Milan par les souverains , » qui n'auraient pu y trouver une résidence convenable » pour eux et leur cour. »
Voilà, ce nous semble, une explication claire et sainement motivée de l'Actuel ad Mïlanùrri, invoquée par Giulini.