LIVRE 11. CHAPITRE
nouveau dans la défaite de Bérenger. Cet esprit de versatilité eût fait peut-être, à la vérité, que vainqueur ou vaincu, le roi de Lombardie aurait à son retour rencontré la révolte sur ses pas; mais vainqueur, il l'eût étouffée; vaincu, il fut moins fort qu'elle.
Pendant cette malheureuse expédition de Bérenger contre les Hongrois, des prélats, des seigneurs avaient fomenté une sédition nouvelle et conspiré la ruine du roi de Lombardie. Parmi les principaux factieux figurent Si gifredo qui lui devait le comté de Milan , et le gendre même du roi, Adalbert, marquis d'Yvrée (1).
Profitant de son absence et de la confusion qu'ont amenée ses revers, les conjurés appellent à Pavie le roi de Provence et de la Basse- Bourgogne , Louis , fils de Boson et petit-fils , par sa mère, de l'empereur Louis IL Le jeune roi se hâte de passer les Alpes à leur voix , et reçoit dès son arrivée dans la capitale , la couronne de Lombardie, sans qu'aucun serviteur ou ancien ami de Bérenger prenne la défense de son maître absent.
Abandonné de toutes parts, Bérenger, dont un bien petit nombre de fidèles suit la mauvaise
(1) Adalbert était l'époux de Ghisla ou GiSÉLLË, fille de Bérenger,
fortune, n'a d'antre parti à prendre, dans le premier moment, que de s'enfermer à Vérone; mais là , la défection appauvrit encore les rangs si clairsemés de ses partisans. Son jeune rival l'y poursuit, l'en chasse et l'oblige à chercher un nouveau refuge en Bavière , auprès de Louis IV (1).
Louis IV était un enfant de sept ans (2). A la mort de son père Arnolphe, quelques seigneurs et évêques de la Germanie l'avaient proclamé roi et empereur des Romains , et cette espèce de diète avait écrit au pape :
« Nous avons élu tout d'une voix le fils de » notre seigneur, bien que très jeune; nous » avons voulu conserver l'ancienne coutume , » suivant laquelle les rois des Francs sont tou- » jours de la même race. »
Rome voulut bien reconnaître dans Louis IV le roi de Germanie , mais non un successeur de Charlemagne à l'empire. Rome était lasse de voir des Marcomans , des Cattes , des bâtards , prendre le titre d'Auguste. On s'y indigna, on ne put qu'y sourire de pitié quand vint la nouvelle que, sur les bords du Mein, dans un village barbare nommé Fourkiem ou Forcheim , le fils
(1) MURATOIU, T. v, p. 22o.
(2) Puffeni). , Hist. univ.} T. v, liv. v, c. il, ami. 900.