‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 90 sur 228 · LIVRE 11. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE 11. CHAPITRE II

sont porteurs jettent la stupeur et la désolation dans le camp des barbares ; tout espoir de salut leur est enlevé; leurs femmes, leurs enfans vont devenir comme eux la proie d'un inflexible vainqueur. Dans ces momens extrêmes le désespoir a des inspirations qui semblent dominer le sort et maîtriser la fortune.

Una sains victis , nullam sperare salulem : « Vaincre ou mourir ! » Tel est le cri suprême de ces hordes réduites aux abois.

Tandis que les Lombards se livrent sans aucune appréhension de danger, à la joie des festins, que leurs groupes épars et délivrés du poids de leurs armes, font résonner l'air de leurs chants joyeux, que leurs coupes se remplissent et se vident à la ronde, et que de spiritueuses liqueurs joignent à l'enivrant espoir de l'infaillible victoire qui les attend, une exaltation dangereuse , les barbares , comme une mer qui a brisé ses digues, se précipitent avec fureur au milieu de leurs fêtes ; de bachiques refrains retentissent au loin encore , que déjà le sang ruisselle dans une partie du camp des chrétiens; aux chants succède un long cri de destruction et d'épouvante. Tout fuit en désordre et sans armes; les Hongrois s'attachent aux pas des fuyards qui jonchent la terre de leurs morts. Ce

n'est pas un combat, c'est un carnage (1).

Cette victoire si complète, si inattendue et qui coûte la vie à plusieurs milliers d'Italiens , livre la Lombardie aux barbares ; leur férocité et leur orgueil s'accroissent de léminence des périls que leur audace a conjurés, et de la terreur mortelle qui pour eux a précédé le triomphe (2).

Les villes , les églises , les couvens sont dévastés et pillés. Des comtes , des évêques, parmi lesquels on cite l'opulent Luitward de Vercelli, cet ancien favori de Charles-le-Gros 9 sont dépouillés de leurs richesses et mis à mort.

Gorgés de sang , chargés de trésors et de rapines, les Hongrois retournent l'année suivante chez eux , formant de nouveaux projets d'invasion dans cette belle Lombardie dont la route leur est enfin connue.

Un désastre arrive rarement seul , il en entraîne d'autres à la suite. Qu'un malheur déflore une couronne ; que la main de l'adversité frappe une fois seulement à la porte d'un roi , l'ingratitude et la sédition sont là pour y heurter aussitôt après.

L'inconstance des Italiens trouve un aliment

(1) Muratori, Ann. d'it., T. v, p. 218.

M GniUNT,

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