LIVRE II, CHAPITRE I
Déjà le clergé de France, par ses trop grandes richesses et son esprit de domination , avait une première fois donné assez d'ombrage à la puissance séculière, pour que Charles-Martel crût devoir le dépouiller d'une grande partie de ses biens dont il dota ses leudes et ses guerriers les plus fidèles ; aussi le clergé de Lombardie, qui n'avait pas subi cette spoliation, était-il plus riche et plus puissant que le clergé gallican, au commencement du ixe siècle.
Pépin, Charlemagne et Louis Ier cherchèrent à relever, par les dons de leur munificence , l'éclat du clergé français. Charlemagne établit les dîmes en faveur de l'Église; ce palliatif, joint aux libéralités des rois et aux dons que le clergé sut tirer des particuliers , répara en partie le mal qu'on lui avait fait. Mais vintLothaire qui, ayant à son tour besoin des grands , et voulant se les attacher, fit revivre la politique de Charles- Martel : de là ce choc de cupidités et d'ambitions dont l'Europe fut le triste théâtre dans ces temps calamiteux. Charles-le-Chauve , Louisle-Germanique, cherchant à empêcher la chute imminente du trône, voulurent concilier la noblesse et le clergé, et les unir d'intérêts. Inutiles efforts ! on disputait toujours : les Normands
arrivèrent, dit Montesquieu, et mirent tout le monde d'accord.
Les Hongrois , par leur invasion , apportèrent le même remède en Lombardie.