LIVRE II. — CHAPITRE II
le serment, à en corriger L'abus parle combat judiciaire soumis à des règles.
Nous avons vu les nations germaines, et entre autres les Francs, qui d'abord avaient repoussé le combat, finir par l'admettre dans leur législation.
La lâcheté, compagne de tant d'autres vices, pouvait se mettre à l'abri sous l'égide d'un serment sacrilège : comment s'étonner que des peuples, ne respirant que la guerre, aient préféré parfois soumettre la décision des affaires en litige , au sort du combat , dont l'issue favorable , due à la valeur du combattant , devait faire supposer, dans le vainqueur, les nobles qualités qui s'allient ordinairement si bien au courage et au périlleux métier des armes?
Cette bizarre coutume, que nous avons motivée plutôt que justifiée, donna aussi des champions à qui ne pouvait se défendre lui-même, sans doute par la conviction que l'homme franc et courageux ne se ferait le soutien que d'une bonne cause.
On sent combien de tels usages devaient entraîner d'abus; mais on sent aussi, dans ces mœurs sauvages , des inspirations qui ne pouvaient venir qu'à des peuples valeureux et chevaleresques.
Montesquieu dit à propos de l'épreuve du feu :
<( Qui ne voit que chez un peuple exercé à » manier les armes , la peau rude et calleuse ne » devait pas recevoir assez l'impression du fer » chaud ou de l'eau bouillante pour qu'il y parût » trois jours après? Et s'il y paraissait , c'était » une marque que celui qui faisait l'épreuve » était un efféminé. Nos paysans, avec leurs » mains rudes et calleuses , remuent le fer » comme ils veulent. Et quant aux femmes , les » mains de celles qui travaillaient pouvaient ré- » sister au fer chaud. Les dames ne manquaient » pas de champions pour les défendre. Dans une » nation où il n'y avait pas de luxe, il n'y avait » guère d'état moyen, »
La victoire, pour l'épreuve de la croix, pouvait en quelque sorte provenir encore du plus ou moins de force des combattans ; mais que dire de l'incroyable épreuve de Veau froide ?
Nous terminerons sur ce sujet en faisant observer, avec un illustre écrivain (1), que dans les circonstances des temps où la preuve par le combat et la preuve par le fer chaud et l'eau bouillante furent en usage, il y eut un tel accord de ces lois avec les mœurs, que ces lois produisirent moins d'injustices qu'elles ne lu
I Movn.soi [El , Esprit des Lois, chap. \\n.