L1VKE II. CHAPITRE II
aussi bien que dans l'épreuve de Veau froide , qu'on avait supprimée comme trompeuse ?
L'épreuve de la croix, dans un procès civil, consistait, pour les deux adversaires , à entendre la messe avec l'évangile de la Passion et d'autres prières. Celui qui restait le plus long-temps les bras tendus, était déclaré vainqueur (1). Cette épreuve aurait été proscrite, selon l'historien Bérault-Bercastel, par le concile d'Attigny, sous l'empereur Louis, et, selon Giulini, par Lothaire (2). On fonda cette défense , sur la crainte que la passion du Christ, dont on faisait la lecture pendant l'épreuve, au lieu d'inspirer le respect et la piété , ne devînt un sujet de mépris et de profanation , de la part de ceux qui usaient de maléfice pour vaincre, ou de celui qui, vaincu, éclatait en injures et en blasphèmes.
(1) Mabillon, Annal. , T. Ier, pages 47, 305, etc. — Nous en avons vu un exemple, à Vérone, sous les Francs.
(2) On lit dans Montesquieu , Esp. des Lois, liv. xxm , chap. xix :
« Charlemagne ordonna que, s'il survenait quelque dif- » férend, il fût terminé par le jugement de la croix. Louis- » le-Débonnaire * borna ce jugement aux affaires ecclésiasf tiques; son fils Lothaire l'abolit dans tous les cas ; il abo- » lit ** de même la preuve par Ceau froide. »
* Constitutions insérées dans la loi des Lombards et à la suite des lois saliques.
** Dans sa constitution ajoutée à la loi des Lombards, lrv. n , TH. ly., parag. 31.
II fut un moment où les épreuves se multiplièrent au point que Louis-le-Débonnaire , pour les rendre plus rares, prescrivit que celui des champions qui succomberait , aurait une main tranchée comme parjure; et la preuve du parjure, c'était la défaite, le vaincu s'étant montré prêt à jurer en faveur de sa cause. Cette prescription n'était qu'une atrocité de plus ajoutée à une coutume absurde et barbare.
Charlemagne, en admettant dans ses lois de semblables folies, n'avait fait que céder à l'esprit de ces temps d'ignorance, dont sa haute raison n'osa pas sans doute heurter trop brusquement les superstitieuses coutumes.
Si l'on remonte vers ces temps de barbarie , on s'explique l'origine et les diverses phases de ces usages étranges. D'abord, la force brutale, dans une nation inculte et toute guerrière, vida et décida les querelles. Le serment, déféré devant les juges, fut un premier remède à cette licence générale de se faire violemment justice soi-même. Ce fut un progrès chez des peuples que la corruption n'avait pas gangrenés encore ; mais quand le serment ne fut, plus lard, (prune arme fatale livrée à la cupidité el à l'imposture, ces nations guerrières, dans leur sauvage ignorance, cherchèrent, ^;ms exclure complètemenl