‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 125 sur 246 · LIVRE II. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE III

la querelle , et la haine s'apaisait par une satisfaction. Ces satisfactions s'obtenaient par une convention réciproque des parties.

Les sages des diverses nations barbares sentirent le danger de laisser à chaque famille ennemie le soin de la vengeance ou le choix de la satisfaction. On mit un prix déterminé à la composition que devait recevoir la partie lésée. Cet usage se répandit en Europe avec les hordes sorties de la Germanie ; il fut modifié dans son application, selon les mœurs des peuples envahis, et le plus ou moins de fréquence des crimes ou des délits à réprimer chez ces nations diverses.

« La composition,» dit l'auteur de l'Histoire de la civilisation en France (1), « est le premier pas » de la législation criminelle hors du régime de » la vengeance personnelle. Le droit caché sous )> cette peine, le droit qui subsiste au fond de » la loi salique et de toutes les lois barbares , » c'est le droit de chaque homme de se faire » justice à soi-même, de se venger par la force, » c't'^t la guerre entre l'offenseur et l'offensé. » La composition est une tentative pour substi- » tuer un régime légal à la guerre. »

(1) T. Ier , ix° leçon , pages 175 et 176.

Les compositions furent fixées d'après la forlune et la condition de chaque individu. Ces compositions établies sur la tète d'un homme , quand on les fixait à un taux élevé , étaient non seulement une des grandes prérogatives de cet homme , mais encore , comme le fait remarquer Montesquieu , une plus grande sûreté pour lui parmi les nations violentes. Cette évaluation variait chez les divers peuples; mais tous s'accordaient pour établir des différences selon la condition de chacun. Les ducs, les comtes, les évêques , avaient une plus forte composition que les agens inférieurs. Les hommes libres étaient nécessairement plus évalués que les affranchis , et les aidions plus que les serfs , les riches plus que les pauvres.

EnLombardie, comme chez d'autres peuples, l'évaluation de la personne s'appelait, nous l'avons dit , guidiichild ou ividrigild (1).

Tout dans cette législation se résumant en amendes pécuniaires, on dut fixer avec précision la différence des torts, des injures, des crimes, afin que chacun connût au juste ce qu'il vait à attendre ou à redouter d'un délit ou d'un crime,

(1) Ou wchrgcid , widrùjcld. Argent de défense ( (\v ivehren , wahren , bewahren) garantie. (GUIZOT, Essai sur l'Histoire de France, page 197.

Page 1