‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 155 sur 246 · LIVRE III. CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE Ier

qu'il y a ébranlement dans la base , parce que le cœur môme de l'empire est attaqué.

Cette crise prend un intérêt de plus pour la Lombardie , par suite du rôle, malheureusement trop en relief , qu'est appelé à y jouer son jeune souverain.

Le vice d'origine, que nous venons de signaler comme entachant la royauté des carlovingiens , ne fut pas la seule cause des troubles qui furent si prompts à éclater sous cette dynastie.

La main qui avait élevé à son plus haut point la puissance carlovingienne , en avait \ sans le vouloir, préparé les embarras et la ruine. Charlemagne , en morcelant l'empire qu'il s'était créé et en le partageant entre ses fils , avait fécondé le germe des tristes dissensions dont Bernard et après lui , Louis-le-Débonnaire , furent les premières victimes. La spoliation des fils de son frère Carloman n'avait-elle pas été aussi un triste exemple laissé par Charlemagne à sa descendance ? De leur côté , les évoques , dont le concours pour consolider le nouvel établissement dynastique, avait été acheté par la concession d'envahissantes prérogatives et des richesses immenses , n'avaient attendu que la mort du grand fondateur, pour prétendre à rivaliser d'influence et d'éclat avec la couronne, et

même à devenir l'arbitre du sort des rois. Enfin, la nature même de la succession au trône , qui n'était nettement ni élective , ni héréditaire , en ce qu'elle laissait flottans (1) le droit paternel J le droit des héritiers et les droits de la nation, ne pouvait que jeter la confusion au milieu de tant de germes et de causes de discordes.

Le successeur de Charlemagne vint , par ses fautes , ajouter aux embarras et aux périls de cette déplorable situation.

D'abord Louis , ce prince appelé plus tard, le Débonnaire y Louis, que de brillans exploits avaient illustré comme roi d'Aquitaine, ensanglanta les marches du trône impérial en y montant. Il avait promis par serment à son père , le jour de son couronnement, et puis, à l'heure suprême du grand monarque, d'avoir pour ses

(1) Dans le partage fait d'abord par Pépin , entre Charles et Carloman , on voit deux choses en quelque façon contraires , dit Montesquieu : qu'il fit ce partage du consentement des grands, et qu'il le fit par un droit paternel.

Charlemagne , après avoir partagé l'empire entre ses trois enfans , dit : *

« Que si un des trois frères a un fils tel que le peuple » veuille l'élire pour qu'il succède au royaume de son père , » ses oncles y consentiront. »

Cette même disposition se trouve dans les partages que Louis-Je-Débonnaire ** fit entre ses trois enfans.

* Capit. l8r, an 806. Edit. de Battue, p. 439, art. 5. ** Dans Goldast ; Constitutions Impériales, T. n,p. 19, ci Edit. de Baluze, p. 574, art. 14.

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