LIVRE III. CHAPITRE Ier
sœurs , ses frères , ses neveux , une clémence sans bornes, indeficientem misericordiam.
Ses soeurs, donnant lieu à quelque blâme par leur inconduite , il punit ces désordres domestiques par un éclat déshonorant et dans le sang de leurs complices.
Bernard , outragé comme roi par Louis, mais rebelle envers son oncle comme vassal et sujet, vient , repentant de sa faute , implorer la clémence de l'empereur : Louis fait crever les yeux à cet infortuné neveu, qui meurt, peu de jours après , dans les plus affreuses tortures.
Ce n'est pas tout, Louis fait tondre et enfermer dans un cloître trois de ses frères , par la crainte qu'un jour le sang de Charlemagne , trop respecté en eux, ne suscite des révoltes. Ces cruautés , cette violation des droits du sang et des promesses les plus solennelles révoltent tous les esprits.
Bientôt la noblesse lui fait ombrage : il lui retire ses emplois ; il appelle auprès de lui des étrangers ; il élève des gens de néant , dont la cupidité lui arrache tous les biens fiscaux , au détriment de l'État ; enfin il indispose le clergé par des règlemens rigides.
Ce prince, qui cependant ne manque ni de vertus ni de quelque lumière, mais que pousse
.'J2fi PREMIÈRE ÉPOQUE.
à l'injustice la secrète ambition de sa première épouse , à la cruauté l'excès même de sa faiblesse , à un rigorisme inopportun l'excès du zèle religieux , ce malheureux prince ajoute une nouvelle faute à celles qu'il veut réparer. Il s'était déjà attiré la haine , il assume le mépris sur sa tête , par l'expiation publique et solennelle d'Attigny.
L'homme se relève par le repentir et l'aveu public de ses fautes ; mais quand le front qui s'humilie porte le diadème, une expiation, sans dignité comme sans réserve devant ses propres sujets, ôte au roi repentant le mérite de l'humilité et ne lui laisse que le poids de la royauté qu'il dégrade.
Oncle et frère barbare, novateur imprudent dans les choses touchant de trop près aux intérêts de la noblesse et du clergé , il ne reste plus à ce monarque que de froisser et de s'aliéner le cœur de ses enfans qu'il aime avec trop de faiblesse.
Le projet avorté d'abdication, en éveillant des ambitions qui ne devaient pas être de siloi satisfaites, fut le premier germe de ces mécontentemcns qui aboutirent à de si fatales collisions entre les enfans el le père. Trop someni des espérances déçues se changent en griefs contre celui qui, les ayanl l'ail naître, ne les ;i