LIVRE »I. CHAPITRE 1er
leur souverain, sous l'autorité du chef de l'empire, ne firent qu'accroître le mécontentement du jeune monarque , que contint toutefois, pour quelque temps encore , le souvenir de la trop récente disgrâce de Bernard.
De nouveaux sujets de plaintes ne se firent pas long-temps attendre. Une guerre avait éclaté contre les Bulgares. Les troupes italiennes, chargées de combattre ce peuple, éprouvèrent des revers. Louis , mécontent , et sans daigner prendre l'avis de son fils , réunit une diète à Aquisgrana, destitua de leurs emplois tous les officiers qui lui furent, à tort ou à raison, signalés comme ayant manqué à leur devoir dans cette malheureuse expédition , et il infligea le même châtiment au général en chef Balderico , duc de Frioul (1), dont le duché ou marquisat fut démembré. Quatre comtes, indépendansles uns des autres , furent chargés directement , par le vieil empereur, du gouvernement de cette marche , que Balderico et ses prédécesseurs avaient
que certains rîocumens italiens ne donnent pas à Lothaire et à ses successeurs le titre de rois d'Italie ou de Lombardie ; ne les considérant sans doute ou feignant de ne les considérer que comme des délégués des empereurs résidant en France.
(1) Giulinï et Muraïorj, année 828,
jusqu'alors tenue sous l'autorité d'un seul (1).
On se souvient qu'il y a peu d'années, ce même Balderico avait comprimé, par de brillans faits d'armes, la rébellion de Liutwide. Le souvenir de ce service signalé ne put le sauver de la disgrâce; un bien sévère châtiment fut infligé à sa défaite. . . . Auprès des grands de la terre comme auprès du reste des hommes, des services , des succès passés sont rarement un motif d'excuse ou de pardon pour un mécompte , pour un échec présens.
Le Frioul ressortait du royaume de Lombardie : Lothaire ne put donc que se trouver blessé du même coup qui venait de frapper un de ses plus puissans vassaux. Le roi de Lombardie, ne se sentant pas en mesure de protester seul par les armes contre ce qu'il appelait, avec quelque fondement, des atteintes à la dignité de sa couronne, attendit impatiemment l'heure favorable de tirer vengeance des affronts reçus.
L'empereur Louis hâta lui-même ce moment, en ajoutant,, aux causes personnelles de l'aigreur et du mécontentement de Lothaire, des griefs qu'il rendit communs à ses trois fils.
(1) (les quatre comtes eurent pour résidences les villes de Civita di Friuli , Trévùe , Padoue et Vicenee. *
* Ami. Francor. Bertiniani. — Astronomes, in vitA Ludovi l'u. '•Mon par Muratori. T. :\. p. Û75.
L1VKE IIÏ. CHAPITRE Ier. 331
L'empereur avait eu un fils de Judith , sa seconde femme.
Les historiens s'accordent presque tous à dire que, trop faible pour Hermengarde, il le fut pour Judith , qui ne pouvait se résoudre à voir sans diadème le seul des quatre enfans de l'empereur qui fût né d'elle ; qu'obsédé par sa nouvelle épouse , l'imprudent monarque osa revenir sur le partage fait à ses trois fils aînés, partage confirmé par ses sermens , par ceux de ses fils et par le serment de ses seigneurs ; enfin que la foi promise et reçue 9 ce premier rempart de toute autorité, surtout de celle qui ne sait pas user de la puissance du glaive , fut violée par le souverain lui-même. Les royaumes donnés furent démembrés, affaiblis pour faire une paît au jeune Charles. Le désordre fut dans la famille et la confusion dans l'État.
Ce fut un malheur sans doute , une imprudence, un fâcheux oubli de certaines formes commandées par la sagesse et par la force des choses ; mais nous hésitons à appeler injustice cet acte de Louis , qui ne tendait qu'à faire participer un quatrième enfant aux faveurs départies à ses trois frères aînés ; nous hésitons à appeler un parjure la modification apportée à des engagemens que la naissance d'un nouveau fils chan-
geait de nature et soumettait, selon les lois de l'équité , à une nouvelle appréciation.
Quoi qu'il en soit, les fils aînés de l'empereur en appelèrent au clergé qu'ils investirent de droits inouïs jusqu'alors. Agobard, embrassant avec feula cause de ces jeunes rois, rappelle à Louis-le-Débonnaire les partages antérieurs, la sainteté des sermens qui les ont cimentés , et la punition réservée aux parjures ; vainement il s'efforce d'invoquer les droits de Lothaire, couronné empereur et roi à Rome, et à qui l'on enlève, pour la formation de ce nouvel État, les passages les plus commodes et les plus importans dans les Alpes : le vieil empereur se montre inflexible.
Lothaire avait plus de griefs à reprocher et était plus aigri que Louis et Pépin ; et cependant , soit que l'artificieuse Judith parvînt à le gagner par l'espérance de faire prévaloir son crédit dans le gouvernement général, sur celui de ses frères ; soit que le jeune roi de Lombardie , voyant se former un orage , voulut prudemment le laisser éclater loin de lui, et se tenir prêl à en exploiter les suites sans en affronter les périls, il fut sourd à la voix de ses frères «le Bavière et d'Aquitaine qui rappelaient aux armes,