LIVRE Ier. CHAPITRE Ier
Desiderio et se hâte d'en donner avis au roi des Francs.
En ce moment Pépin était occupé à comprimer une révolte des Saxons. Vainqueur de ce peuple indocile , c'est d'abord vers Rome qu'il tourne sa pensée.
Le triomphe des Francs au delà du Rhin, avait coûté moins de temps et d'efforts que ne l'avait espéré Desiderio. Le roi lombard, trompé dans son attente, effrayé par l'attitude menaçante de Pépin, dépose le glaive, et, renonçant à une guerre ouverte, se venge de la terreur qu'on lui inspire , par de sourdes intrigues , par des menées plus ou moins déguisées qui jettent la perturbation dans Rome et dans le royaume des Francs.
Waifre , duc d'Aquitaine, l'eut pour secret allié dans sa prise d'armes contre Pépin ; rébellion qui coûta sept années de déchiremens et de guerres intestines à la France.
Les intrigues de Desiderio n'avaient pu rester ignorées ; Pépin savait que les secours envoyés dans l'ombre par ce prince avaient prolongé la lutte où tant de sang avait coulé; maître de la révolte , il méditait le châtiment du roi lombard; mais la mort vint atteindre le vainqueur dans Tannée même de son triomphe, à l'âge de
cinquante-quatre ans. Pépin succomba à une attaque d'hydropisie, après avoir gouverné vingtsept ans la France en vrai souverain , mais seize ans seulement avec le titre de roi.
Quelques jours avant sa mort, ce prince, profitant du peu de temps qui lui restait à vivre , crut détourner les troubles et déjouer les factions en partageant ses États entre ses deux fils, dans une assemblée des seigneurs et prélats tenue à Saint-Denis le 18 septembre (1).
Charles eut la Neustrie , la Bourgogne et la Provence. L'Austrasie , avec ses dépendances f fut le partage de Carloman.
Le premier de ces princes avait vingt-neuf ans ; le second n'en comptait que dix-sept.
Les deux frères reçurent le même jour les insignes de la royauté.
Pépin, à force de vertus et de glorieux travaux , chercha toute sa vie à faire oublier que , des descendans du fondateur de la monarchie , il avait fait passer la couronne dans sa race. Cette révolution accomplie sans trouble et sans effusion de sang , loin de faire perdre au trône rien de son prestige , n'en fît que rehausser momentanément la puissance et la dignité, parce quelle
(I) AniKw 763.