‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 160 sur 246 · LIVRE IIÏ. CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ. CHAPITRE Ier

(rations hostiles , renvoie, au moment où il en a le plus besoin , le comte Bernard qu'il regarde comme la cause de tous les désordres , et vient se mettre dans le foyer même des factieux , à la merci de ses fils.

S'étayant de la déchéance du dernier des mérovingiens par la volonté des grands à qui le chef de la seconde race doit la royauté , l'assemblée de Compiègne déclare , de sa propre autorité , le fils de Charlemagne déchu du trône.

Judith est contrainte de prendre le voile ; on veut que l'empereur lui-même embrasse la vie monastique ; mais comme Louis montre trop de répugnance à cet acte désespéré, on l'entoure de gens chargés de l'y amener par voie de persuasion.

Lothaire , dont la secrète ambition triomphe de ces désordres auxquels nous l'avons vu ne prendre aucune part apparente , pour les faire plus sûrement tourner à son profit, Lothaire quitte la Lombardie dès que la nouvelle lui vient que l'attentat est consommé. Il vole à Compiègne , affecte de plaindre son père , de le traiter avec les plus grands égards ; mais il accepte le fait accompli , il joint ses perfides instances aux efforts des hommes chargés d'insinuer à l'em-

pereur déchu de se vouer à la vie des cloîtres ; et, en attendant que sa victime s'y décide, il prend en main les rênes de l'empire.

Il se trouvait au milieu de ces scènes de scandale un moine du nom de Gondebaud : homme généreux , habile , résolu , qui , indigné du traitement subi par son souverain , et de l'infâme conduite de ses fils , ose former le dessein de lui rendre la puissance. Louis, à la première ouverture de ce hardi projet, le repousse comme téméraire. Le moine insiste , lui parle de l'impératrice qui gémit dans un cloître, et réveille, par la vibration de cette corde , le courage du malheureux empereur.

D'autre part, la hauteur, la dureté du fils aîné de Louis n'avaient pas tardé à irriter ses deux frères; Gondebaud leur persuade sans peine que l'autorité d'un père indulgent est moins lourde à supporter que le joug d'un frère impérieux ; cet argument acquiert plus de poids encore par la perspective d'une augmentation d'apanage en échange des bons offices qu'on attend de leur zèle et de leur repentir.

Les seigneurs , les évoques, ces premiers instigateurs des désordres, ne tardent pas non plus à gémir de leur faute. Gondebaud a su leur faire aussi comprendre tout ce qu'il y a de contraste

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entre l'humeur intraitable de Lothaire et la bonté de leur victime. Il laisse entrevoir aux plus ambitieux, les effets d'une gratitude qui ne sera pas stérile. Bientôt, les rois de Bavière et d'Aquitaine , la plupart des prélats et des seigneurs n'aspirent plus qu'au moment de réparer leurs torts.

Le jeune roi de Lombardie ; parvenu de fait à cet empire, objet de sa coupable et impatiente ambition , est l'obstacle le plus sérieux à renverser. L'habileté deGondebaud tend à Lothaire, qui le croit tout à lui , un piège où sa crédule présomption le fait tomber.

A l'instigation de ce moine rusé , le jeune empereur convoque un parlement à Nimègue , pour faire légalement reconnaître son autorité en présence de son père lui-même. A la vue du fils rayonnant de tout l'éclat de la puissance, et du père plongé dans l'avilissement et l'abandon , il s'élèvera , lui dit Gondebaud , une voix unanime pour déclarer de nouveau le vieil empereur indigne d'exercer l'autorité souveraine , et pour remercier le ciel d'avoir mis le sceptre impérial dans de jeunes et habiles mains !.... Comment résister à de si flatteuses insinuations ?

L'empereur Louis est conduit au milieu de cette assemblée où Lothaire lui réserve le dert. i. 22

nier outrage et la dernière humiliation. Les trois fils de Louis sont présens... Le monarque déchu , que rassurent les dispositions secrètes de deux de ses enfans et de la grande majorité de rassemblée , prend tout à coup l'air et le ton du maître , déconcerte l'audace de Lothaire par sa parole fière et impérieuse, le fait tomber suppliant à ses pieds , se venge de l'ingratitude de ses trois fils par la clémence , punit de l'exil quelques chefs de la révolte, et fait déposer l'évêque d'Amiens par ses collègues dans l'épiscopat.

Toute la vengeance que Louis tira de Lothaire fut de ne plus le traiter comme empereur ; mais il lui rendit son royaume de Lombai die , où le jeune prince alla cacher sa honte et ourdir do nouvelles trames.

Quelques scrupules firent un moment hésiter l'empereur Louis à rappeler l'impératrice, parce qu'elle avait pris le voile. Les évêques et le souverain pontife décidèrent que l'engagement forcé de Judith était nul. Judith vint à Aquisgrana (1) pour se justifier, devant une assemblée solennelle, des crimes qu'on lui avait imputés : personne no so portant son accusateur, elle fui

(1) Année 831.

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