LIVRE III. — CHAPITRE Ier
reçue à se purger par serment. Le comte Bernard offrit le duel : personne n'osa lutter contre lui ; le serment lui fut aussi déféré et il demeura déchargé de l'accusation; mais il ne put recouvrer la faveur de Judith et de Louis : on le renvoya dans son comté de Barcelonne qu'il rendit le théâtre de nouvelles violences et d'audacieuses exactions.
Les germes de la discorde n'étaient pas complètement étouffés ; on les vit bientôt éclore de nouveau. L'indulgent pardon de Louis n'avait fait qu'accroître l'audace de ses fils rebelles. De nouvelles fautes vinrent soulever la lave qui couvait sous la cendre.
Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis la réconciliation de Nimègue, quand l'imprudente Judith , toujours préoccupée de cette couronne qu'elle voulait affermir sur le front de son fils Charles , fit reprendre par le faible monarque, pour les ajouter au royal apanage de ce fils , quelques unes des provinces qui avaient été le prix de la soumission des rois Louis et Pépin. Aussitôt les deux jeunes rois se révoltent; Lothaire , privé du titre d'empereur , relégué dans son royaume de Lombardie dont les bornes sont trop étroites pour son ambition , Lothaire n'est que trop disposé , cette fois , à répondre ouver-
tement à l'appel de ses frères dont, en secret peut-être, il a provoqué la prise d'armes.
Affectant de respecter leur père, protestant qu'ils n'en veulent point à l'empereur, les trois fils de Louis proclament ne se liguer que contre l'impératrice Judith qu'ils accusent d'être la cause de tous les maux , et de précipiter l'empire et le prince leur père dans une ruine prochaine s'ils ne se hâtent d'y porter remède. Détestable hypocrisie des rebelles de tous les temps ! En 830 , ils n'en voulaient aussi qu'à Judith, qu'au comte Bernard, et la révolte, une fois victorieuse, avait osé, de sa parricide main, découronner le front du monarque lui-même.
Lothaire, pour mieux colorer sa nouvelle rébellion aux yeux des peuples , et pour en assurer le succès , invoque le nom et le concours du pape Grégoire IV. Les artificieuses insinuations de ce prince persuadent au souverain pontife que sa présence, au milieu des armées prêtes à combattre, serait propre à prévenir l'effusion du sang et à opérer une réconciliation entre les fils et le père. Grégoire, dans l'espérance de rendre la paix à l'empire, passe en France avec Lothaire et l'armée lombarde.
Une vaste plaine d'Alsace, entre Strasbourg el Bâle, était le rendez-vous des I rois frères. Les