LIVRE III. CHAPITRE II
blit , releva les anciens qui périssaient par l'oubli ou l'inobservance des règles monastiques, et notamment la célèbre abbaye de Saint-Ambroise, objet , depuis bien des siècles, de la vénération des Milanais.
Qu'on nous pardonne à ce propos une nouvelle halte en dehors de la gravité de l'histoire. Nous ne pouvons résister à la tentation de reproduire une de ces vieilles traditions où se caractérisent et se reflètent si bien l'esprit et les crédules superstitions d'une époque.
Le bel autel de l'église de St-Ambroise (1) est dû à Angilberto : quatre colonnes de porphyre , s'élevant aux quatre angles, soutiennent la voûte qui le recouvre. Les bases de ces colonnes sont posées à deux brasses au dessous des dalles , sur lesquelles Angilberto éleva l'autel ; ce qui fait penser que cet autel était primitivement plus bas et qu'il fut exhaussé ; on ne sait qui ordonna cet exhaussement. Les écrivains Fiamma et Pnricelli l'attribuent à Angilberto, se fondant sur l'ancienne tradition que voici , et à laquelle Fiamma ajoute grande foi :
On raconte qu' Angilberto, ayant pris une dent de la bouche de saint Ambroise , dont les restes
(!) A Milan.
reposaient sons l'autel de la basilique , la portait fixée dans un anneau. Un jour, c'était le dimanche des Rameaux , la procession qui se faisait annuellement pour cette solennité , cheminait de l'église de San-Lorenzo vers celle de Saint- Ambroise. L'archevêque s'aperçut tout à coup que sa bague n'avait plus la sainte relique; toutes les recherches pour la retrouver furent vaines. Grande était l'affliction du saint prélat quand il vit venir à lui une vieille femme qui lui dit : « Il ne faut pas , mon bon seigneur, » chercher la dent de saint Ambroise à une » autre place que celle où elle a été prise. »
Le prélat, interdit un moment, se prend bientôt à sourire du propos mystérieux de la vieille femme, et hochant la tête en signe de dérision, continue superbement sa marche vers la vieille basilique. Chemin faisant, sa mémoire est en défaut pour lui fournir un indice quelconque qui l'aide à retrouver le précieux trésor égaré. . . La procession finie , les vêpres dites , la bénédiction donnée, et l'enceinte sacrée rendue à son imposante et silencieuse solitude , le bon archevêque, que poursuit le souvenir de la mystérieuse rencontre, se fait, sous le prétexte' d'un pieux devoir, ouvrir le cercueil du bienheureux Ambroise ; quelle nYsl pas sa surprise, quelsai-