‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 173 sur 246 · LIVRE III. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE

sissement n'éprouve- 1- il pas, quand son œil aperçoit dans la bouche entrouverte du saint cadavre, la dent qu'un religieux larcin avait mise en son pouvoir, et que la tombe a ressaisie comme une de ses proies qu'on a profanées.

La môme tradition ajoute que l'archevêque , pour éviter à l'avenir toute profanation de cette nature sur la sainte dépouille, la fît ensevelir à une grande profondeur dans la terre; que, pour plus de sûreté , le terrain qui la recouvrait fut exhaussé , et que , par ses ordres , l'architecte Wolvinus éleva sur cet exhaussement l'autel qui se voit encore de nos jours.

Tandis que, comme pour expier la faute d'avoir pris part aux déplorables querelles qui venaient d'agiter l'empire , Angilberto se retirait de la scène politique et vouait les restes de sa vie aux seuls soins spirituels que lui imposait son sacré ministère, le clergé de France cherchait de son côté à réparer avec éclat le scandale qu'avaient donné plusieurs de ses membres. Tous les évêques , dans un concile convoqué par l'empereur Louis, déclarèrent solennellement que la déposition de leur souverain avait été un acte d'iniquité et de rébellion, ajoutant que la puissance ecclésiastique et la puissance séculière avaient chacune leur sphère distincte.

« Nous estimons , dirent-ils en s'adressant à » l'empereur, que le seul moyen d'écarter les » désordres est que, maintenant religieusement » les évêques dans la jouissance de tout le pou- » voir spirituel que Jésus-Christ leur a donné , » vous usiez de tout celui que vous tenez de » Dieu dans Tordre politique (1). »

Les évêques les plus coupables et qui avaient cherché un refuge en Italie à la cour de Lothaire, rassurés parla clémence de l'empereur, vinrent abjurer publiquement leur erreur dans ce concile. Ebbon fut déposé (2); monté sur l'ambon, au milieu d'une messe solennelle où l'on couronna de nouveau Louis, il fut contraint de lire au peuple tous les écrits des évêques pour la justification et le rétablissement du monarque.

On le voit, si le clergé de France, ou plutôt si quelques membres les plus ambitieux de ce clergé fameux, se laissèrent un moment entrai-

(1) Histoire de l'Eglise, par R.-B. , T. iv , page 353, année 835.

(2) On lit, dans V Histoire de la Civilisation, par M. Gu- ZOT, T. il , leçon xxvni , page 361 :

« Le siège de Reims était vacant ( en \Mxl\ ) depuis noul <>ans, par suite de la déposition de l'archevêque Ebbon, ^affaire compliquée et obscure, dans LE di;:iaii. DE I \- « QUELLE JE N'ENTRERAI PAS. »

LÏVHE II f . — CHAPITRE II. 367

ner par le funeste précédent dont le roi Wamba avait été victime , moins imprudens quelesévêques d'Espagne , ils s'efforcèrent au moins de réparer, presqu'aussitôt l'avoir commise , la faute grave dont le récit remplit une des pages les plus tristes de nos annales.

La santé de l'empereur Louis commençait à donner des inquiétudes. L'impératrice Judith ) prévoyant que l'empire tomberait bientôt aux mains de Lothaire, s'efforça de calmer le ressentiment que ce prince devait nourrir contre elle et son jeune fils ; elle envoya à la cour de Lombardie des ambassadeurs choisis parmi les plus illustres personnages de France ; l'une de ces ambassades avait pour chef Walla (1), abbé de Bobbio j que Lothaire avait affectionné ; mais la part que cet homme illustre avait prise à la restauration de son vieux maître qui en avait fait depuis un de ses plus intimes conseillers, rendait ce choix inopportun et malencontreux ; aussi toutes ces négociations furent-elles vaines, et le jeune monarque irrité déclara qu'il ne se croyait même pas tenu à observer les anciennes promesses qu'il avait faites à son père (2).

(1) Histoire de l'Eglise, par B.-B. , année 836.

(2) Gïulini, Stor. (H Mil., lib. TV.

Déjà, et même peu de temps après le pardon sans réserve qu'avait fait obtenir Angilberto, le roi de Lombardie , enhardi par l'infatigable indulgence de l'empereur Louis, s'était montré infidèle à ses engagemens et avait osé , dès l'année 834 (1), ne plus mentionner le nom de l'empereur Louis dans ses décrets et ses diplômes. On se rappelle que , pour complaire au Saint- Siège , Lothaire avait d'abord , avec l'agrément de l'empereur, daté son règne de l'époque de son couronnement à Rome, en 823; mais quelques différens s'étant élevés entre le pape et le jeune monarque , ce prince , de sa seule autorité, avançant cette date de cinq ans, l'avait fait remonter à l'année 818, époque de la mort de l'infortuné Bernard , comptant ainsi pour rien l'acte de munificence paternelle qui lui avait concédé le royaume de Lombardie, et qui ne datait que de Tannée 821.

Une nouvelle rupture entre l'empereur Louis et Lothaire était éminente. Le vieux monarque, poussé par l'ambitieuse Judith, va, par une dernière imprudence , la rendre inévitable, en ajoutant de nouvelles provinces aux possessions du jeune Charles qu'il crée roi de Neustrie. Louis

(1) GlULlNl , T. Ier.

Page 1