LIVRE lit. CHAPITRE il
temps avait trouvé dans ce phénomène une cause d'effroi et le présage de la mort prochaine de l'empereur Louis. Ce qui devait surtout faire pressentir cette fin, dit Giulini, c'étaient l'âge avancé de l'empereur, ses infirmités et les chagrins toujours renaissans que lui suscitait la parricide ambition de ses fils.
Louis-le-Débonnaire mourut, le 20 juin 840 , dans la soixante-quatrième année de son âge et la vingt-septième de son empire.
Près d'expirer et pressé par ses courtisans de pardonner à Louis de Bavière : « Hélas, » dit le vieil empereur d'une voix expirante, « l'ingrat » a semé mes derniers jours d'alarmes et de » malheurs : je lui pardonne ; puisse le ciel lui » pardonner de même! »
Il ordonna à un de ses officiers de porter à Lothaire , aussitôt après sa mort , une couronne, une épée et un sceptre d'or enrichi de pierreries; c'était le déclarer son successeur à l'empire que de lui adresser ces insignes ; mais il ne lui faisait ces présens qu'à condition qu'il maintiendrait Charles dans la possession des États qu'il lui avait donnés.
Louis avait promis à son père affection et indulgence pour ses frères , ses soeurs et ses neveux ; nous avons vu le cas qu'il avait fait
de cet engagement solennel : quel respect devait-il attendre pour ses dernières volontés de la part de Lothaire, de ce fils tant de fois rebelle?
Des princes pusillanimes , comme Louis-le- Débonnaire, sont , plus que les conquérans, des fléaux pour leur peuple. Impuissans de leur nature à fonder autour d'eux l'ordre , ce premier besoin de tout gouvernement , ils sont eux-mêmes une cause incessante de perturbations. Une politique incertaine et chancelante dans sa marche, de l'incohérence dans les actes, des rigueurs excessives, suites et conséquences de faiblesses non moins extrêmes , des démarches hardies rendues imprudentes par une déplorable insuffisance à les soutenir (1), des fautes engendrant , pour réparation , des fautes plus graves et aboutissant à des repentirs sans dignité et à de dégradantes humiliations : tel est le triste spectacle qu'offre le passage sur le trône de presque tous ces fantômes de rois dont on ose à peine déplorer les infortunes privées, tant ils attirent de calamités publiques.
On a dit de Louis lev qu'il fut le bienfaiteur et la victime du clergé. On lui reproche avec
(1) « Il n'y a rien de pire que les mesure loi les prises » par les hommes faibles. » M. dkBOiut/d.