LIVRE III. CHAPITRE III
Ce portrait que Sidoine nous donne des Saxons, peuples descendans des Goths (1), caractérise, à peu de chose près , toutes les hordes sauvages venues avant et après eux des froides régions de la Germanie , et même toutes les peuplades nomades, répandues de nos jours encore sur le globe, quelle que puisse être d'ailleurs leur origine (2).
L'Océan, vers la moitié du ixe siècle , fut de nouveau couvert de ces flottes aventureuses > À cette époque , on donna généralement et sans distinction, aux barbares qui les montaient, le nom de Normands (hommes du Nord).
La valeur et l'habileté d'Egbert forcèrent en 835 des envahisseurs venus du Danemarck, à quitter les côtes de l'Angleterre que la rébellion des Bretons leur avait livrées , et à chercher un refuge sur leur flotte. Plus tard, Ethelwulf, fils d'Egbert , parviendra , par une opiniâtre résistance , à décourager ces pirates qui , pendant dix ans, abandonneront la Bretagne pour y reparaître
(1) Lingard , Hist. d'Angl., T. 1er, chap. 2.
(2) « On pourrait placer, presque toujours à côté de la » moindre assertion de Tacite sur les Germains, une asser- » tion analogue de quelque voyageur ou historien moderne » sur quelqu'une des peuplades de barbares , aujourd'hui » dispersées sur la surface du globe (*). »
*M. Gaizot, Hist. de la civil., leç, 7, p. 2'25.
en 851 , et y essuyer, à la bataille d'Okeley, ce fameux et grand revers qui leur fera respecter les rivages de l'Angleterre pour tout le reste du règne d'Etelwulf (1).
L'Espagne , livrée au fléau qu'avait vomi l'Orient, et qu'à son tour nous allons bientôt suivre dans son développement et dans sa marche redoutable , l'Espagne voit aussi ses côtes infestées par les vaisseaux des barbares du Nord. Les terres de la Corogne sont ravagées par eux ; mais les comtes et les généraux de don Ramire, roi des Asturies , étant accourus au secours de cette province, leur livrent bataille et les taillent en pièces : la flotte dévastatrice devient , en grande partie , la proie des flammes ; peu de navires échappent à ce désastre, et pour longtemps les côtes septentrionales de l'Espagne sont délivrées de ces funestes irruptions.
D'autres Normands attaquent et dévastent le Portugal : Abdérame , roi de Cordoue , les met en pièces, et va lui-môme être attaqué, Tannée suivante ( 845 ) , par ces bandes furieuses , qui pilleront et ravageront Cadix, Medina-Sidonia, AUjésiras , jusqu'à ce que le grand échec de Tablada les rejette sur leurs vaisseau* et les
(2) Linc.akd, Hist. (ÏAngL, T. i", chap. lll. - ËTHELwuLF,de836à 853.