LIVRE III. CHAPITRE III
fasse fuir loin des côtes qu'ils venaient de désoler.
Ces barbares ne reparaîtront plus en Espagne qu'en 859 (1); battus de nouveau en Galice, ils porteront en Andalousie le fer et le feu ; ils passeront de là en Afrique et aux îles de la Méditerranée , où ils commettront les mêmes excès.
Tandis que l'Angleterre et l'Espagne repoussent avec vigueur les attaques des brigands du Nord , et en purgent pour long-temps leur territoire , nous avons vu la France , devenue le théâtre de discordes intestines , offrir une proie plus facile à la cupidité de ces bandes dévastatrices. Aux flots de sang français dont la guerre civile , dans ses fureurs , inonde les plaines de iFontenay, viennent se joindre les massacres, les pillages , toutes les calamités que traîne à sa suite l'apparition des barbares qui pénètrent en France par les embouchures de la Loire et de la Seine. Rouen, la Bretagne, la Touraine sont dévastés ; les hommes , les femmes , les filles , partagés entre les envahisseurs, sont emmenés en esclavage. On vend sur une côte ce que l'on a pillé sur une autre. Tout ce butin, en tentant la cupidité de ceux qui n'ont
(1) FERRERAS, Histoire générale d'Espagne, IV0 partie, i\r siècle , année 844 à 8ft5.
point encore quitté leurs froides retraites , grossit le nombre de ces forbans dont les chefs hardis ont pris le nom de Rois de la mer.
Bientôt un de ces chefs , à qui les historiens donnent le nom de Régnier, va remonter la Seine avec cent vingt voiles. Une seconde fois Rouen sera pillé; il envahira et brûlera Paris. Oharles-le-Chauve , retranché à Saint-Denis , avec trop peu de troupes pour oser opposer de la résistance , achètera (845) honteusement la retraite des Normands au moyen de quatorze mille marcs d'or. Sacrifice honteux qui , affaiblissant pour le roi les ressources de la défense, ne fera qu'augmenter l'audace des pirates et leurs moyens de faire la guerre.
Nous approchons du moment où la France ne sera plus qu'une vaste curée pour ces avides envahisseurs et où un autre descendant de Chariemagne, Pépin, roi d'Aquitaine, s'unira lâchement à eux pour désoler le continent.
Nous venons de voir les Normands aux prises, en Espagne, avec les sectateurs de l'islamisme que le fond de l'Arabie et les rivages africains avaient jetés sur l'Europe. Déjà nous avons dû prononcer le nom et parler des sanglantes ex cursions de <<ks bandes méridionales du temps de Charles-Martel , <ic Pépin el <ie Chariema-