LIVRE IH. CHAPITRE III
Louis II fut arrivé au pied du perron de la basilique , le pontife osa, malgré la présence d'une armée formidable sous les murs de Rome (1), lui adresser ces paroles hautaines : « Si vous ve- » nez ici pour le bien de l'État et de l'Église , » je vous ferai ouvrir les portes ; sinon je ne le » permettrai pas. . . » Nous ne pouvons ne pas voir, dans ce propos de Sergius, l'intention de faire sentir que cette Rome, comprise dans le lot échu àLothaire, était moins soumise à la souveraineté absolue de l'empereur que confiée à sa protection... Le roi ayant protesté qu'il n'avait que des pensées de paix, les portes de Saint-Pierre et de Rome lui furent ouvertes.
Malgré son langage fier et hardi, Sergius dut subir la révision de son élection par une assemblée de vingt-trois évèques italiens et de sept comtes, dont la présidence fut déférée à Drogon, quoique évêque français, mais en qui on voulut honorer la qualité d'archichapelain et d'oncle de l'empereur. Le pontife, appelé à se justifier, eut peu de peine à faire valider le vote qui l'avait porté au siège de Saint-Pierre. Un ancien
(1) Le pape avait signifié qu'il n'admettrait pas cette armée dans Rome. Elle campa dans les environs de la cité, qu'elle dévasta , si l'on en croit Anastase.
annaliste (1) fait entendre, du reste, que l'affaire se termina selon les vues du prince Louis : on admit l'excuse, mais au moins on maintint et on proclama le droit de l'empereur (2).
Un singulier incident marqua cette espèce de procédure. A peine la validité de l'élection futelle reconnue , que le pape se porta juge de ses propres juges. Selon Anastase , tous les prélats qui avaient fait partie de l'assemblée furent réprimandés par Sergius pour avoir osé se rendre à Rome sans l'autorisation du Saint-Siège. Les évèques , d'abord irrités des reproches inattendus de Sergius , se reconnurent coupables sur cet étrange chef d'accusation. Giulini dit qu'Angilberto fit comme ses collègues (3) , et qu'il se soumit à cette censure.
Le fils de Lothaire fut sacré , le 25 du mois
(i) Annal. , Berttn, cité par B. B. , Hist. de l'EgL , ann. 8UU.
(2) Selon quelques historiens , ce fut à cette occasion que Lothaire fit cette célèbre et inutile ordonnance prescrivant qu'à l'avenir , pour éviter les séditions trop fréquentes à Home, le pape ne serait plus élu par le PEUPLE , et que l'on avertirait l'empereur de la vacance du Saint- Siège.
(3) PURICELLI. — SASS1. — GlULINI. Nous relevons cette conduite d'Àngilberto à dessein, quelques auteurs ayant sans fondement affirmé que ce prélat ne voulut pas, à tort OU à raison, se reconnaître en faute, qu'il sépara dès ce joui l'Eglise milanaise de l'Eglise romaine, et commença un schisme qui aurait duré deux siècles,