CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
Léon risaurien, empereur d'Orient, persécute les saintes images.— Rome et une partie de l'Italie s'insurgent ; l'empereur envoie des troupes.— Lui thprand, roi lombard, marche au secours de Rome qu'il sauve du péril, mais qu'il veut asservir à son profit.— Grégoire III implore l'aide de Charles-Martel ; le héros franc meurt au moment où il se dispose à passer les Alpes. — Pépin est proclamé roi. — Rachis et Astolphe menacent de nouveau Rome. — Le pape Etienne II se rend a la cour des Francs. — Sacre de Pépin; ce prince passe les Alpes, châtie Astolphe et fait donation aux papes de l'exarchat et de la Pentapole. — Yaines protestations de la cour d'Orient. — Mort de Pépin. — Partage de ses États entre ses deux fils, Carloman et Charlemagne. — Résultat de l'alliance des papes et des maires du palais.
Voici ce qui s'est dit dans le vme siècle et ce que beaucoup d'écrivains ont répété depuis :
Un marchand colporteur de mercerie, natif d'Isaurie et appelé Conon, fit un jour la rencontre de deux juifs magiciens ; il leur demanda son horoscope; on lui prédit que s'il s'engageait dans les armées impériales, il deviendrai! empereur. On lui prédit en outre que son règne
serait des plus heureux , s'il promettait par serment de faire détruire toutes les images des saints honorés par les chrétiens.
Conon prit du service dans les troupes de l'empire; c'était l'époque où les soldats poussaient la licence jusqu'à élire les empereurs , et imposaient aux peuples des maîtres de leur choix. Conon joignait au don d'un brillant extérieur, un caractère audacieux et propre à séduire, à entraîner la multitude.
La prédiction des magiciens eut son effet; l'heureux aventurier fut, sous le nom de Léon l'Isaurien, proclamé empereur à la place de Théodose III (1).
Quand Léon se vit affermi sur le trône , il se souvint de son serment , et ordonna qu'on détruisît les images dans toutes les églises. Vai-
(1) Le R. P. Pinchinat, Dictionnaire sur l'origine de l'idolâtrie , art. Léon.
Voltaire dit qu'il est honteux qu'au xvnr siècle on répète encore cette ancienne fable des deux juifs. « Les historiens » qui croient qu'on peut ainsi prédire l'avenir , ajoute l'écri- » vain philosophe , sont bien indignes d'écrire ce qui est » passé. » (Essai sur l'histoire générale , chap. x , Guerre civile pour les images. )
Le P. Pinchinat dit que les juifs avaient l'habitude de prédire le pouvoir suprême à tous ceux qu'ils voyaient hardis et ambitieux : cette prédiction aurait été faite aussi à Jesid Ier et à Jesid II , califes des Sarrasins; l'un et l'autre , ajoute le R. P. , moururent peu de temps après avoir donné leur édii contre les Images.