LIVRE IV. CHAPITRE II
» Le pape , en formant ce projet , se flattait » qu'il ne lui serait pas difficile de se soustraire » peu à peu à la domination des empereurs de » Constantinople et qu'il deviendrait souverain » de Rome. »
Grégoire était mort depuis quinze ans, quand Lothaire le suivit dans la tombe. Nous ne comprenons pas comment les prétendues trames de ce pontife pour soustraire Rome à la domination française auraient pu exercer cette influence posthume et tardive sur les dernières dispositions de l'empereur; nous ne comprenons pas surtout comment Lothaire , voyant la prépondérance de l'empire d'Occident menacée en Italie, crut pouvoir mieux affermir cette prépondérance en démembrant son empire , et en réduisant les possessions de celui de ses fils qui héritait du titre d'empereur, au seul royaume de Lombardie.
Dans tous les cas , il nous semble que l'auteur allemand aurait dû attribuer la détermination de Lothaire à ce qui se serait passé sous le pontificat de Léon IV, plutôt qu'à ses griefs plus ou moins fondés contre Grégoire.
En effet, Anastase raconte que, peu de temps avant la mort de Léon IV, un maître de la gendarmerie romaine, du nom de Daniel, ayant
porté des plaintes à l'empereur Louis, ce monarque vint en toute hâte à Rome. On croit que Daniel fit part au fils de Lothaire de quelques rumeurs répandues à Rome sur une conspiration secrète qui, sans l'aveu de Léon IV, s'était ourdie à la faveur des troubles qu'occasionnaient les ravages des Sarrasins, et avait pour but de remettre Rome sous la domination des Grecs. Soit que la conspiration ne fût qu'imaginaire , soit que la présence de l'empereur Louis eût imposé aux factieux, Rome ne fut point troublée. Louis, ajoute Anastase, ayant terminé l'affaire qui l'y avait appelé, repartit pour la Lombardie , et peu après le pape Léon s'endormit dans le Seigneur. Qu'à cette époque les papes aient tenté ; comme dans tous les temps , d'étendre le plus possible leur influence et d'affermir leur autorité tant spirituelle que temporelle, cela n'est pas douteux, cela n'est pas une question. Mais nous repoussons la pensée que Grégoire ou Léon aient pu prendre part à toutes les trames ourdies contre la France. Plus que jamais Rome avait besoin de secours immédiats, efficaces. Où aurait-elle trouvé plus do zèle, un dévouement plus vrai , et des secours plus prompts qu'auprès du jeune empereur qui occupai! le trône de Lombardie? Des mécontens où n'en ren-