LIVRE IV. CHAPITRE II
contre-t-on pas? ) peuvent avoir conspiré à Rome contre la domination française, et avoir plaidé la cause de la cour d'Orient pour cacher d'autres vues secrètes. Peut-être, pour ne pas laisser se refroidir les bonnes dispositions de l'empereur Louis II , la politique du pape Léon IV se sera-t-elle assouplie jusqu'à laisser entrevoir la possibilité d'un retour d'influence pour Gonstantinople sur les affaires de la Péninsule ; mais, nous le répétons , ce que , malgré l'assertion de certains écrivains , nous ne saurions admettre, c'est que Léon IV, pas plus que Grégoire, ait pu vouloir sérieusement, en de semblables circonstances , substituer à la protection généreuse et utile des empereurs orthodoxes d'Occident , le lointain et stérile patronage de la cour schismatique du Bosphore. L'ambition est bien souvent aveugle , il est vrai ; mais elle sait quelquefois , et à Rome surtout , avoir sa clairvoyance et sa logique.
Or, voyons ce qui, depuis long-temps, se passait à Constantinople :
Comme un arbre à la sève empoisonnée qui , frappé de caducité quoique jeune encore, voit ses branches se dessécher ou se briser au vent de la tempête, l'empire fondé par Constantin menaçait ruine de toutes parts. Il ne restait
plus rien à la cour du Bosphore, ni en Afrique, ni en Syrie; T Asie-Mineure lui échappait toute entière. Ses frontières, plus resserrées de jour en jour, étaient désolées vers l'orient de la Mer- Noire par les Sarrasins , et du côté du Danube par des hordes de Scythes, Abares ou Bulgares qui , répandues dans les belles contrées de la Bomanie, menaçaient de tout envahir et de tout ravager.
Enveloppée par ce réseau redoutable et toujours plus menacée, la capitale enhardissait l'audace de ses avides ennemis par le désordre et les crimes dont elle était depuis long-temps le théâtre.
Le sang coulait à torrens tantôt pour anéantir le culte des images, tantôt en représailles de ces cruautés, pour venger, contre les iconoclastes, les martyrs de l'orthodoxie. L'artifice et le meurtre ouvraient les voies du trône.
Nous avons vu Irène assassiner son fils pour régner; puis, nous l'avons vue dépossédée ellemême et reléguée dans l'île de Lesbos. L'usurpateur Nicéphore, en butte, pendant un règne de huit ans, à des révoltes et à des conspirations incessantes contre sa personne, irrite le peuple H L'année par son impiété, ses rigueurs ei son insatiable avarier. Engagé témérairement contre