LIVRE IV. CHAPITRE
mit dû secourir, puisqu'elle s'obstinait à s'en dire la maîtresse.
Nous avons vu l'Italie toute entière se bastionner, élever des tours, créneler ses murs autour des couvens, des châteaux , des grandes (1) et des petites villes : les villages les moins populeux eurent leurs murailles de défense.
Ce fut à cette époque que les populations disséminées des campagnes , livrées à la brutalité, à la barbarie des envahisseurs, cherchèrent un refuge au pied des murs menaçans élevés par les comtes, parles seigneurs. Groupées autour de ces forteresses protectrices à l'approche du péril , abritées derrière ces puissans retranchemens et réunies en famille dans ces tutélaires retraites quand éclatait l'orage , elles donnèrent aux grands un nouveau prestige , et le géant de la féodalité fit un pas immense en avant.
Les Maures, profitant de la maladie qui, en 864 , avait ramené l'empereur de Rome dans la Lombardie, reparurent l'année suivante dans le Bénévent , plus terribles que jamais. Maielporto et Guandelperto , gastaldi ou gouverneurs, l'un de Télèze , l'autre de Boiano,
(1) Giulini fait la remarque que Le faubourg des villes, jusqu'alors appelé Suburbia , prit en Italie le nom de Sohborgo depuis les fortifications.
dans le duché de Bénévent, aidés par Lamberto, duc de Spoletti , et Ghérardo , comte de Marsi , dont ils avaient imploré le secours } attaquèrent les Maures sur la route de Bari où ces brigands retournaient chargés de trésors et de dépouilles ; mais l'ennemi reçut le choc avec une vigueur telle qu'elle ébranla les troupes coalisées et changea leur attaque en complète déroute : le champ de bataille fut jonché de cadavres ; un grand nombre de chrétiens furent traînés en captivité. Les deux gastaldi et le comte Ghérardo trouvèrent un trépas glorieux dans cette sanglante lutte (1).
L'épouvante gagna toute la Péninsule au récit de ce nouveau désastre : de toutes parts on invoqua l'assistance du roi de Lombardie ? en sa qualité d'empereur et de protecteur du premier pontife des chrétiens. Le mal était immense , le danger pressant ; les progrès des Sarrasins devenaient alarmans pour le nord même de l'Italie ; Louis II résolut d'employer toutes ses forces contre ces redoutables envahisseurs. 11 publie l'édit remarquable (2) dont nous avons
(1) MURATORI, Ann. d'It.s ami. 865.
(2) BALUT1US, Capit. ><</. IFV., T, Ll, |>. 359. PEREgrinus, Princip* Longob. - Mnui , Rer, fta/., T. m. part. m.