‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 225 sur 246 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

qu'ils pressent de toutes parts avec leurs assauts et leurs caracols. Alertes et légers, ils y vont , comme leurs ancêtres à la bataille de Tours , avec une merveilleuse agilité (1); mais plus heureux que leurs devanciers sur les bords de la Loire , ils semblent vouloir prendre une sanglante revanche contre un descendant de Charles-Martel. Montés sur de rapides chevaux que fatiguent peu leurs fameux hoquetons rembourrés et piqués , armés de flèches et de leurs zagayas , ils lassent , ils enfoncent , ils écrasent par leur nombre et la vivacité de leurs attaques, les gros bataillons lombards couverts de boucliers , de pointes , de javelots , et les mettent en complète déroute. Le désordre de l'armée impériale est au comble : elle fuit, laissant partout la terre jonchée de cadavres, de boucliers, d'armes de tous genres et de fourgons.

Louis, qui sait qu'à l'exemple de Roncevaux un échec peut devenir encore une occasion de gloire , se montre calme et ferme au milieu de ce désastre : il cherche à rallier son armée , et il en conduit les débris jusqu'à Bénévent (2), après avoir tenu noblement tête aux attaques d'un infatigable ennemi qui le presse sur ses

(1) Mezeray.

(2) Gttltnt, T. r\ iib. v.

flancs et sur ses derrières, qui cherche même à le devancer pour lui couper toute retraite et l'envelopper, espérant ajouter une tête d'empereur aux sanglans trophées de sa victoire.

Loin de se laisser abattre par ce rude échec , Louis ne songe qu'à le réparer. L'œil fixé sur les remparts de Bari , il appelle à lui de nouvelles troupes , demande des secours à son frère de Lorraine qui se hâte de lever une armée pour répondre à son appel (1).

L'empereur ? par l'exemple de sa propre énergie , relève le moral de ses soldats , fait passer dans leurs âmes son ardent besoin de venger l'affront de la défaite , et attend impatiemment à Bénévent que l'arrivée des renforts demandés le mette en mesure de marcher encore sur cette place contre laquelle ses premières tentatives ont si cruellement échoué.

Le pape Nicolas Ier ne survécut que quelques jours à l'annonce du désastre éprouvé par l'empereur : on croit que la défaite de l'armée chrétienne hâta la mort de ce pontife (2). Il fut long temps regretté à Rome où sa charité envers les malheureux fut aussi grande que sa bonté pour les gens de bien et son inébranlable sévérité ;i

(1) Muratori, Ann. d'It., T. v, p. 65.

(2) Giulini, T. i", lil). \. U mourut le 13 nov. 867.

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