LIVRE Ier. CHAPITRE III
vaste, d'une rivalité plus digne de s'attaquer au colosse dont les bras victorieux allaient étreindre l'Occident tout entier.
Irène régnait alors en maîtresse absolue dans l'empire d'Orient, dont le trône était occupé par son jeune fils Constantin V, triste fantôme couronné. Cette princesse, veuve de Léon Chazare, successeur de Constantin Copronyme, était d'une naissance obscure, mais tous les prestiges de l'esprit et de la beauté l'avaient élevée jusqu'au trône des Césars. Les vices et les grandes qualités qu'elle déploya dans l'exercice de la souveraine puissance, rendent Irène remarquable parmi les femmes que le sort a placées à la tête des empires.
L'astucieuse impératrice ne s'était pas abusée sur les véritables causes du démembrement de l'empire d'Orient en Italie, et son audace avait formé le projet difficile de réparer ce fatal résultat de tant de folies et de fautes.
L'hérésie des iconoclastes avait été le premier coup porté à la puissance des empereurs de la Péninsule; Irène, par un conseil oecuménique, frappa de flétrissure ce schisme désastreux. Léon Chazare avait profané par l'impiété des objets vénérés comme sacrés par l'Eglise de Rome; sa veuve, revêtue des ornemens impériaux et
avec une solennité proportionnée à la grandeur de la faute, s'était empressée , en s'emparant de la puissance, de réparer le scandale.
Un moment Irène avait eu la pensée de marier son fils à une fille de Charles , la princesse Rothrude, espérant par cette alliance faire rentrer lltalie sous sa domination. Le roi des Francs avait accueilli avec bienveillance les premières ouvertures relatives à ce projet; mais, soit qu'elle eût trouvé Charles peu disposé à abandonner sa nouvelle proie, soit que l'avènement de Pépin au trône de Lombardie lui eût ôté ses dernières illusions à cet égard , soit enfin , comme le disent quelques historiens \ que sa passion du commandement lui fît redouter de tirer par une alliance auguste le faible Constantin de la dépendance où le tenait une mère impérieuse , Irène rompit le mariage arrêté. Cet affront , loin de blesser Charles, soulagea le cœur du monarque que tourmentait la pensée de se séparer de sa fille. Mais l'impératrice crut avoir créé, par cet éclat,
un nouveau motif d'hostilités entre les cours ri-
vales de France et de Constantinople , et sa politique ne fut que plus ardente à susciter des obstacles et des ennemis à la seule puissance qui lui parut alors digne de lui inspirer des craintes sérieuses et de l'envie.