LIVRE Ier'. CHAPITRE III
Gagner le Saint-Siège par un retour à l'orthodoxie , armer les Sarrasins contre les Francs, encourager l'esprit hostile des Huns et des Hongrois , ranimer le courage abattu des Saxons, flatter l'ambition de quelques ducs puissans en Italie, se servir du besoin de vengeance que nourrissait le fils de Desiderio, pousser à une aventureuse expédition cet instrument facile à briser ensuite , même en cas de réussite , et toujours moins à craindre pour elle que les Francs et surtout que leur monarque : tel avait été le plan de cette habile reine, qui peut-être eût atteint le but de son ambition, si l'ennemi à combattre et à renverser n'avait été Charlemagne !
Désormais ce nom va remplacer celui de Charles : c'est ainsi que le monde, ébloui de sa gloire et de l'éclat de son génie , l'appela depuis cette époque.
La grande âme du monarque ne perdit rien de son énergique puissance dans un péril aussi pressant.
Nous avons vu Charles attaquer les Sarrasins, les vaincre et leur enlever plusieurs provinces sur le bord de l'Èbre. Le malheur de Roncevaux, échec partiel, ne ternit en rien, nous l'avons dit, l'éclat de ses triomphes, et ne pul même nuire à ses importans résultats.
L'héroïsme des guerriers qui périrent dans ce fatal défilé ne fit que rehausser la gloire des armes françaises.
Les généraux de Charlemagne venaient d'échouer contre les Saxons, le roi marche luimême pour réduire les révoltés qui se soumettent après trois défaites sanglantes. Witikind , leur principal chef, tombé au pouvoir des Francs, abjure l'idolâtrie, embrasse le christianisme et se retire en France. Des milliers de familles saxonnes reçoivent le baptême à son exemple. La paix , ou au moins une trêve faite à propos avec ces peuples turbulens et les Sarrasins, déjoue une partie des trames d'Irène el laisse à Charlemagne toutes les ressources de sa puissance pour disputer l'Italie à qui ose tenter de lui en arracher la conquête.
Il franchit de nouveau les Alpes à la tête d'une armée formidable; Pépin, son fils, le rejoint avec des troupes lombardes. Tous deux marchent sur le duché de Bénévent. Aréchis , qui maintenant se souvient du sort de Rodgause , s'effraie à l'approche menaçante des deux rois, et fait humblement acte de soumission.
Charlemagne agrée ses excuses pour éviter le malheur des populations, la ruine des églises et des monastères; il le laisse en possession du du-