LIVRE Ier. CHAPITRE III
Un an s'était à peine écoulé depuis la défaite de Tassillon , lorsque les Huns , furieux des revers essuyés contre les armées de Charlemagne, marchèrent vers l'Italie.
Le grand roi ordonne aussitôt qu'on relève les fortifications de Vérone , en partie ruinées , et qu'on en reconstruise les murs et les tours. D'après ses ordres , les abords de la ville sont en outre protégés par une bonne et forte palissade (1). Charles confie la défense de cette place à son fils Pépin et à Bérenger,
triste , deux siècles après l'apparition de ce saint homme , providence des orphelins , de voir la sceptique philanthropie de nos modernes économistes détruire l'œuvre de la piété et de la charité chrétienne : on supprime les tours dans les hospices ! funeste mesure qui ne laisse à la honte que les inspirations du crime. Aussi lesenfans, qui naguère trouvaient là un tutélaire asile , meurent aujourd'hui abandonnés sur la voie publique , ou jetés au fond de quelque cloaque infâme , ou étouffés sur le sein qui les porta.
(1) Il s'éleva, lors de la reconstruction des remparts de Vérone , une singulière difficulté.
Le clergé devait-il participer pour le tiers ou pour le quart aux frais des travaux que nécessitait la défense de la cité? Telle était la question qui devint un véritable débat. On ne put tomber d'accord , et l'on eut recours à l'épreuve on jugement de La croix. L'Etat fut représenté par un certain Aregao, et l'évêque, par un nommé Pacifico , jeunes gens robustes, dont, plus tard, le premier devint archiprêtre et le second archidiacre de l'Eglise majeure ; les deux champions se posèrent immobiles , les mains étendues en croix, devant l'autel où commença l'office divin, et où l'on fit lecture de la Passion , de saint Mathieu.
On n'était pas arrivé à la moitié de la passion qu'Aregao ,
son lieutenant , qui, probablement, ainsi que l'observe Muratori, fut un des aïeux de Bérenger que nous verrons, dans la suite,' roi et empereur.
L'impatiente ardeur de Pépin ne lui permet pas d'attendre l'ennemi derrière les remparts de la place ; le jeune roi court à la rencontre des Huns , les attaque avec ses valeureuses troupes de Lombardie, met les barbares en complète déroute dans plusieurs rencontres , et les poursuit l'épée aux reins jusqu'aux frontières de ses États. Les Huns ne se découragent pas, ils fuient, mais l'œil toujours fixé sur cette Lombardie dont ils convoitent les richesses : chez eux l'appât de l'or et de la rapine comprime la terreur de la défaite.
Leurs bandes sauvages , après deux ans d'un repos employé à réparer d'immenses pertes, menacent de nouveau le nord de l'Italie ; Pépin, toujours en éveil, marche à eux avec ses phalanges lombardes et un renfort de Francs ; rien ne résiste au choc de cette armée qu'exal-
manquant de force , se laissa tomber sur les marches du sanctuaire ; Pacifico résista jusqu'à la fin : il fut proclamé vainqueur, et le clergé ne supporta que le quart de la charge dont on voulait lui imposer le tiers. MUBATOBl cite ce fait (Ann. (rit., anno 788) : il l'a extrait d'un document véronais, publié par Panvinius, et, après lui, par Ughelli.