LIVRE Ier. CHAPITRE III
lent le souvenir de récens triomphes et la bouillante valeur du jeune roi. Les Huns cèdent de toutes parts et rentrent en désordre au fond de leurs retraites; Pépin les y poursuit deux fois (1), car ces infatigables aventuriers osent en sortir encore pour recommencer une lutte qui toujours leur est fatale.
Le roi vainqueur revient en Italie , traînant à sa suite un énorme butin et des milliers d'esclaves qui, peu d'années après, recouvrèrent leur liberté par l'intercession du savant Alcuin.
C'est dans cette expédition que les évoques d'Italie commencèrent à paraître à la tête des armées et dans la mêlée des batailles (2).
Giulini dit, à propos de cette humeur belliqueuse qui s'empara du clergé italien sous la domination des Francs : « En avançant dans l'é- » tude de l'histoire, nous trouvons, pendant » plusieurs siècles, des princes dans nos arche - » vêques; mais nous ne rencontrons plus de » saints. »
Aréchis, délivré (3) de la terreur qu'inspirait
(1) Muratori , Ann. d'It., anno 791 et 93. — Giulini, Storia di Milano , id.
(2) Cliarlemagne , dans une lettre à Frastrade , sa troisième femme , parle avec éloge de la valeur déployée par plusieurs de ces prélats pendant la guerre contre les Huns.
(3) Puffendorff, Introd. à ÏHist. de ÏUniv., T. Il, livre il , chap. il , pages 70 et 71.
à tous la présence de l'armée des Francs, et voyant Pépin incessamment aux prises avec les Huns , toujours battus jamais soumis , avait secrètement repris ses négociations avec la cour de Constantinople ; la mort vint mettre un terme à ses projets d'une nouvelle révolte. Le seul fils qu'il eût laissé était en otage auprès de Charlemagne ; les Bénéventins envoient prier le roi des Francs de le leur accorder pour duc.
Ignorant encore la nouvelle ligue hostile qu'avait méditée Aréchis , le roi investit sans difficulté Grimoald du duché de Bénévent (1). Les seules conditions qu'il imposa par le traité, furent que Grimoald obligerait ses sujets à se raser la barbe selon la coutume des Francs ; que dans les actes publics et sur les monnaies on emploierait d'abord le nom du roi ? puis celui de Grimoald; enfin, que les murs des villes de Salerne, d'Acerenza et de Consa seraient démolis.
Ceci se passait en 788, au moment où Pépin pourchassait les Huns de victoire en victoire.
(4) D'après le récit de l'anonyme de Salerne, * le roi fil venir le jeune prince et lui annonça la mort de son père. Grimoald ne parut pas croire d'abord à cette nouvelle , mais comme le roi insista : « Seigneur, » dit le fds d'Aréchis, « depuis que je suis auprès de vous, je n'ai plus pensé ni à » mon père , ni à ma mère , ni aux autres membres de ma > famille , votre bonté m'ayant tenu lieu de tout. » Cette étrange réponse plut, dit-on , à Chârlemagîîe.
* Anonini. Salerait., T. n, p. il.