LIVRE \ev. CHAPITRE III
de l'église. Tout individu qui aurait à porter plainte contre le pontife , fut invité à comparaître et à soutenir les inculpations : aucune voix accusatrice ne se fit entendre. Les prélats appelés à prononcer, refusèrent de s'ériger en juges du chef de l'Église de Rome, juge suprême et chef de toutes les églises.
Le lendemain, dans la même enceinte, en présence de la même assemblée, le pape prit entre ses mains le livre des Évangiles, monta sur l'ambon et dit avec un accent qui émut tout l'auditoire :
« Moi , Léon , pontife de la sainte Église ro- » maine , de mon propre mouvement et de ma » pleine volonté, je jure devant Dieu qui lit dans » mon âme , en présence de ses anges , du bien- » heureux apôtre saint Pierre , et de vous tous » qui m'entendez, que je n'ai fait ni fait faire » les actions criminelles qu'on m'impute. J'en » atteste le Juge éternel, au tribunal de qui » nous devons tous paraître , et sous les yeux du- » quel nous sommes en ce moment; ce que je » fais , sans y être obligé par aucune loi , et sans d prétendre que mon exemple tire à conséquence » pour mes successeurs. »
Pascal etCampule furent traduits devant des juges qui, sur les aveux de ces deux tourbes
s'accusant mutuellement avec de violens reproches , les condamnèrent à mort : le pape Léon intercéda pour eux, et Charlemagne commua la peine de mort en exil.
Les effets de la gratitude du Saint-Père envers le grand roi ne se firent pas long-temps attendre.
Le jour de Noël de Tan 800, le roi s'était rendu à l'office divin dans la basilique de Saint-Pierre , portant l'habit de patrice (1) de Rome pour flatter le peuple de cette ville. A sa vue, de longues et bruyantes acclamations avaient éclaté de toutes parts.
Le roi, dès son entrée dans l'église, s'était mis à genoux ; ses fils, Charles (2) et Pépin (3), roi de Lombardie, les princesses ses filles, entouraient le monarque : l'armée, un peuple immense, les seigneurs des trois cours , tout le clergé, étaient là, émus comme dans l'attente d'un grand événement.
Tout à coup le pape, revêtu de ses habits pontificaux, se lève, s'approche du monarque, et lui met (4) sur la tête une couronne éblouis-
(1) Ce costume consistait on une longue tunique et un manteau traînant , dont un pan retroussé étail attaché sur l'épaule droite.
(2)Hist. de /'%/., par B.-B.
(3) Muratori.
(h) Quelques historiens assurent que Charlemagne ne fut