LIVRE 1er. — CHAPITRE IV
Dès 804 , le roi de Lombardie avait gagné à sa cause le doge Obelerius qui , ayant échoué dans tous ses efforts pour entraîner ses concitoyens dans sa défection , avait été banni comme traître par la république. Les amis du doge exilé volèrent aux armes, et Venise fut, pendant quelque temps, livrée à des collisions sanglantes qu'entretinrent sourdement les doubles intrigues des cours de Constantinople et de Pavie.
Les Grecs, levant enfin le masque et ayant attaqué Comacchio , Pépin accourut au secours de cette ville qu'il lui importait de conserver, et rendit inutiles tous les efforts de l'ennemi pour s'en emparer.
Venise avait secondé les projets de la cour du Bosphore. Eginhart raconte que le jeune roi marcha contre cette ville, l'assiégea par terre et par mer, et qu'il la réduisit à demander merci,
Voici ce que le chevalier de Saint-Disdier, cité par Puffendorff (1), rapporte de cette guerre :
« On lit, dit-il , dans les Annales de Venise, » que Pépin qui était souverain de toutes ces » provinces, et à qui la république de Venise » payait un tribut annuel en cette qualité , voulut » visiter les îles maritimes qui étaient du res-
(1) Puffendorff, T. n, pag. 338.
» sort de son domaine , et que le doge qui avait » été élu à la place d'Obelerius , lui en avait re- » fusé l'entrée à cause des soupçons qu'il avait » que le roi , induit par les conseils de l'ancien » doge chassé par les Vénitiens , n'eût le des- » sein d'inquiéter la république. Pépin, indigné » de ce refus , arma contre ces peuples 9 ruina » Evadée (1) et alla d'un autre côté attaquer » Malamocco qui était alors l'île capitale; mais » l'ayant trouvée abandonnée par le doge et tous » les habitans qui s'étaient sauvés à Rialto, il » résolut de les y attaquer par mer. Les mêmes » Annales de Venise ajoutent, que Pépin ayant » mis ses troupes sur des radeaux pour les faire » passer pendant la nuit à Rialto, il s'éleva une » si furieuse tempête qu'elle rompit tous les ra- » deaux et submergea la plus grande partie de » ses soldats , et que ce mauvais succès changea » le courage et la résolution du roi ; de sorte qu'il
(1) Andréa Dandolo , lui-même , assure que ce ne fut pas le roi de Lombardie , mais bien les Vénitiens qui , dans le délire de leurs dissensions intestines , détruisirent de fond en comble la ville d'Eraclée ou Héraclée. Cet acte de vandalisme fut motivé sur ce que cette ville avait donné naissance aux deux doges Giovanni et Maurizio , qu'on avait exilés pour les remplacer par Obelerius ou Obelcrio , qui venait de subir aussi la peine de l'exil et qui ne tarda pas à y retourner. *
* Daindulus, cm Chronic.) Tom. xn , rer. Italie. Mihatoiu, Ann. d'ftal., V. iv, p. 308. anno 605.