LIVRE Ier. CHAPITRE IV
bords de l' Adriatique, pour trancher par le glaive une question que les intrigues de la politique avaient gravement compliquée.
La cour du Bosphore, voyant Gharlemagne assis, dans toute sa force, sur le trône impérial, avait cherché à traiter avec cette formidable puissance qu'elle se sentait incapable d'ébranler, et à arrêter le progrès de ses envahissemens en demandant qu'une délimitation définitive réglât les frontières respectives des deux empires.
L'empereur d'Occident avait accédé à ce vœu, et la démarcation entre les deux Etats avait été fixée par un traité.
Si l'on en croit quelques historiens français , cette convention avait placé dans les limites de l'empire d'Occident, les Vénitiens , que leurs anciennes habitudes et les intérêts de leur commerce attachaient aux Grecs. Cette fausse position, doublement contraire aux intérêts et aux sympathies des Vénitiens, aurait amené des troubles sérieux fomentés par la cour d'Orient ; ces troubles auraient nécessité, de la part de Pépin, de fréquentes prises d'armes et des hostilités suivies de trêves mal gardées , qui prolongèrent trop long-temps cette triste querelle.
D'après ce récit, tous les torts dans cette lutte seraient du côté de Venise et des Grecs qui au-
raient voulu frustrer Pépin des droits que lui avaient acquis de solennels traités.
Il est juste de dire que, d'après les auteurs vénitiens, et notamment Andréa Dandolo(i), la ville de Venise et les villes maritimes de la Dalmatie auraient été réservées au profit de l'empereur d'Orient par le traité passé en 803 entre Charlemagne et les ambassadeurs de Nicéphore. A ce compte, la Vénitie sans Venise , et la Dalmatie sans les villes maritimes , sembleraient être échues à l'empereur d'Occident ; distinction qui ne pouvait manquer d'amener des querelles.
Selon les derniers historiens cités par nous , la cour d'Orient, comme celles d'Aquisgrana (2) et de Pavie , supportait impatiemment cette convention; la première, en ce qui avait trait au reste du territoire de Venise et de Dalmatie qu'on assignait à l'empire d'Occident; les secondes, au sujet de la souveraineté réservée aux Grecs sur quelques villes de Dalmatie et sur la cité de Venise. Les Grecs cherchèrent bientôt à susciter des désordres dans les provinces dalmates el vénitiennes; de son côté, l'ambition de Pépin, convoitant Venise, tentait de s'y faire un parti contre Constantinople.
I Dandi lus, m Chronic. , Tom. \n, rer. ItaL ('2) Aix-la-Chapelle.