LIVRE Ier. CHAPITRE IV
roi de Lombardie, sous la conduite du comte Walla , s'était armée en toute hâte ; elle atteignit les vaisseaux mahométans avant qu'ils eussent pu toucher la terre de Sar daigne. Un combat long et meurtrier s'engagea ; on déploya de part et d'autre un indicible acharnement ; enfin la victoire resta au pavillon de Bernard , et l'escadre mahométane fut réduite à s'enfuir après d'immenses pertes (1).
Le retour de Bernard en Lombardie fut un véritable triomphe : il fallut peu de temps au jeune roi , que dirigeaient les conseils de ses deux sages ministres, pour faire entrevoir en lui un noble continuateur des glorieux travaux de son père.
Tout souriait à l'aurore de ce règne placé sous la puissante égide de Charlemagne ; malheureusement la mort vint frapper le grand homme quand Bernard avait le plus besoin des effets de sa tutélaire affection.
Le 28 janvier 814, après sept jours d'une maladie dont il avait envisagé , dès le principe, tout le péril avec le calme des grandes âmes , Charlemagne rendit le dernier soupir en profé-
(1) Ferreras, Hist. gêner. d'Espagne 9 T, 2, part. [V, sect. ix. — Annales de LOISEL et plusieurs autres historiens.
rant, d'une voix forte, ces paroles du psalmiste: Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. Il avait vécu soixante-douze ans , en avait régné quarante-sept, et depuis quatorze ans il portait le titre d'empereur.
Jamais aucun trône de l'univers ne fut occupé par un prince plus grand et plus religieux; sage législateur, habile capitaine , profond politique, expert dans Fart de commander et de se faire obéir, il fut un de ces hommes que Ton sert avec ce fanatique enthousiasme pour qui tout est possible et rien n'est obstacle. Bon père jusqu'à la faiblesse, sûr et fidèle ami, vertu si rare sur le trône , protecteur ardent et bienfaiteur généreux de l'Église, juste appréciateur de tous les genres de mérite, érudit lui-même, il encouragea les lettres et combla de ses faveurs les hommes adonnés aux sciences.
Nul abus n'échappa à ses sévères recherches; d'admirables règlemens opposèrent de fortes digues aux désordres des grands , aux mœurs relâchées du clergé et à ses penchans belliqueux ; il rétablit tout à lafois l'ordre politique et l'ordre moral dans les vastes possessions qui formaient son empire (1). Phare immense, il éclaire, paf
(1) Les Italiens durent à Charlemagne, comme nous l<verrons pins tard, de rentrer dans l'exercice de leurs droits
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l'éclat de son génie , ces temps d'ignorance et d'obscurité qui fussent devenus le brillant début d'une ère nouvelle de réformation , si les peuples et les successeurs du grand homme eussent été plus dignes de lui.
Dix siècles plus tard, la même année devait voir non mourir encore , mais tomber un autre grand capitaine , un autre législateur profond , un autre conquérant de l'Italie, dont le front avait ceint , dans la capitale de la Lombardie , l'antique couronne de fer.
Pourquoi faut-il que d'obscurs nuages viennent assombrir les plus belles gloires?
Dans mille ans on demandera , comme aujourd'hui , à l'un de ces deux grands hommes , ce qu'il a fait du dernier fils des Condé; de même, la voix sévère de l'histoire demande à l'autre , après mille ans , et lui demandera , dans^uille
de citoyens, dont les avait privés ia domination lombarde. Ce fut un immense bienfait ; mais il semblerait que son œuvre eût été plus complète et qu'il eût évité bien des maux que nous aurons à déplorer , s'il avait doté le nouveau royaume lombard, fondé par ses mains, du bienfait de l'indépendance et de la nationalité. N'oublions pas, toutefois , qu'entouré de princes jeunes, sans expérience, et de populations turbulentes et difficiles à contenir , Charlemagne, cédant aux nécessités des circonstances, peut avoir craint de compromettre le sort de tout l'empire par le complet abandon d'une de ses parcelles en d'autres mains que les siennes.
ans encore , ce qu'il a fait des fils deCarloman.
Hâtons-nous, toutefois, d'ajouter qu'il y a, entre ces deux graves accusations où se mêle du sang, l'immense distance d'un doute affreux à une épouvantable réalité.
Tous les actes de royauté, dès la première année du règne de Bernard , avaient été promulgués en Lombardie au nom du jeune roi et de Charlemagne. Pépin , pendant toute la durée de son règne , avait agi ainsi à l'égard de l'empereur, qui, nous l'avons vu, n'usait pas toujours des mêmes ménagemens envers son fils ou son petit-fils, quoique pour des actes publics concernant le royaume d'Italie.
Bernard, à la mort de Charlemagne, ayant imprudemment publié quelques décrets sans y mentionner Louis ni comme empereur, ni comme roi , le nouvel empereur en conçut de l'ombrage et somma Bernard de comparaître devant lui(l).
(1) Quelques historiens croient que Bernard nourrissait un secret ressentiment contre Louis, depuis que son oncle avait été associé à l'empire par Charlemagne. D'après ces historiens, Bernard, fils de Pépin, qui lui-même étail (ils aîné de l'empereur, aurait regardé connue lésés, par celte élévation de Louis, les droits qu'il tenait de son père et dont on l'aurait privé à cause de sa trop grande jeunesse.
Nous avons dil (pie Bernard éiaii fils illégitime de Pépia. Bernard ne nous parai! donc pas avoir pu élever les prétentions don! on parle ; il n'a donc pu éprouver contre