LIVRE Ier. CHAPITRE IV
fermeté, fut imputée à un naturel faible et à l'ascendant d'impressions étrangères. On le disait indulgent et bon ; mieux connu , on ne l'appela bientôt plus que Débonnaire. L'esprit de faction s'enhardit, et le premier symptôme de ce retour au désordre , fut un nouvel attentat médité à Rome contre le pape Léon III (1).
Quelques uns des principaux habitans de la ville, convaincus d'avoir formé le projet d'assassiner le souverain pontife, furent arrêtés, condamnés et misa mort, selon toutes les rigueurs de la loi romaine, sans que Léon III pût interposer cet esprit de clémence dont il donna tant de preuves dans sa longue vie.
A la nouvelle de ces sanglantes exécutions, l'empereur ordonne à Bernard d'aller prendre connaissance de l'affaire. Le roi de Lombardie, secondé par le comte Gérald, général de ses armées, se rend à Rome (2), Le châtiment des coupables , d'abord trouvé rigoureux par le faible fils de Charlemagne, est reconnu juste à la cour impériale après le rapport de Bernard. Ce prince,
(1) Eginh. , anno 815.
(2) Giulini croit que Bernard était malade à cette époque et que le comte Gérald se rendit seul à Rome. Des documens, que nous croyons irrécusables, nous ont convaincu que le roi de Lombardie fut de l'expédition ; Bernard ne fut malade que lors de l'envoi de Guinéchis, l'année suivante.
par sa fermeté et de salutaires rigueurs, comprime la rébellion prête à renaître. Croyant l'avoir complètement réduite, il retourne à Pavie; mais le volcan couvait sous la cendre, la lave n'était qu'étouffée et non pas éteinte : une nouvelle éruption ne se fît pas long-temps attendre.
Quelques mois après le départ du roi de Lombardie, Léon III fut atteint de la maladie qui devait amener le terme d'une carrière toute de bienfaisance et de vertus (1). Ses ennemis n'attendirent pas sa mort pour jeter Rome dans de nouveaux troubles. Aux premiers bruits de la maladie du pontife, ses terres furent dévastées, ses châteaux pillés et démolis par des bandes furieuses; les familles des coupables condamnés pour le premier complot, rentrèrent violemment en possession de leurs biens confisqués, sans attendre une réintégration légale.
Bernard subissait lui-même les atteintes d'une indisposition grave, quand il reçut l'avis de ces nouveaux désordres; il chargea aussitôt de les réprimer Guinéchis, duc de Spoletti, qui, se portant sur Rome avec ses troupes , se rendit complètement maître de la sédition. Léon III eut encore, avant de mourir, la consolation de voir
(1) Le glorieux pontifical de Léon Illeul vingt-un ans el demi de durée.